Ma seule obsession, depuis le début de ce jour de rage, n’aura été que de quitter, cette snob brocante du boulevard de Port-Royal, et fuir ce dimanche où je me noyais de haut en bas, au-dedans comme au-dehors ! m’enfuir et sous ma couette, relire un Hemingway en écoutant Hamad Jamal autant la rêver sous la chaleur de notes, qui me rappelleraient « la route de Madison » pourquoi pas ? Puisque j’avais cessé de guetter la vie ! et même de la quêter, puiser dans le silence l’exigence de l’oubli.
La pluie écrivait de façon trop pénétrante, terriblement indécente, les armes, les traits de l’urgence,les larmes comme les contours de mon existence…
Un abris, l’académie de la bière, premier bistro à portée de mon parapluie, TOI sur ce banc, moi immédiatement collée « fixée » à ta légendaire veste de cachemire noire, comment ne t’ais-je pas reconnu ? quinze années d’aller et retour, tu as toujours été sur le chemin de mes absences, de mes sourires, de mes refrains de gamine qui aimait a se prendre pour Janis Joplin.
Alors cette après midi d’avril, je n’ai senti que ton épaule où j’aurais pu en douce me poser ! câliner l’heure fermer les yeux et sentir ta chaleur, tu aurais poser ta main sur ma cuisse, quelques mois avant l’heure…Mais j’avais depuis longtemps déposé mon bagage de midinette assoiffée de rencontres, et puis comme tu me l’as si souvent soufflé “les stars mon amour,c’est pas ton truc”, tu as raison ce n’est pas mon truc ! sauf lorsqu’elles irradient comme des cierges d’églises, mais pas de lumière céleste dans cet antre bruyant, ou, ce jour pathétique, se perdait dans la fumée de vos cigarettes, fumeurs délicieux et bavards ! fascinants charmeurs, émouvants, et névrosés.
Ce dimanche portait mon drapeau de sang bleu, comme TOI tu portais ce petit foulard rouge a ton cou.
La barbarie des rencontres fulgurantes, résulte dans le fait que jamais elles ne s’égarent. Cinq années pour voir mes souvenirs me rattraper, implacables, sauvages et cruels recollés à mes pas aux alentours du Luxembourg.
C’est toi, qui es venu te coller à mes pas, et c’est en plein ventre que j’ai reçu ton message, Paris venait de tresser un mur de tulle clair autour du Panthéon rien que pour nous, Toi et Moi au soleil de l’hiver, couverts de tendresse.
Lentement je naissais à la saison nouvelle, tranquillement tu te glissais dans les mailles de mon filet, sirène d’eau douce, je traverserais le fleuve messagère d’une aube nourrie de mystères…
En vérité ! il me fallait, la violence des souvenirs et des mots, déchirure qui exulte des entrailles. Je ne savais plus la prudence, j’oubliais l’impatience, pour le sourire d’un libertaire qui tirait sa dégaine de l’ Estrapade à La rue d’Ulm. Cœur catalan, sombre comme la peau des taureaux de Vandalousia ! Carcasse, au sang fuego-d’oro ! Les promesses de ton visage accrochées a celles du CHE, composaient ton sang, philtre puissant, et délicat, avec toi la cavalerie n’était jamais loin…
Enfin moi voilà éveillée, et perdue à ton premier baiser lent de chasteté. Faux amants de l’échappée permanente, jamais absence ne m’aura maintenue comme morte, à chacun de tes départs sans mot dire, écrasée jusqu’à ton énième retour. Tu t’éloignes sans jamais m’attendre, sans jamais m’entendre !
Ou as-tu posé ta dégaine ? qui tangue et patine sur le trottoir. Londres, New York, Barcelone ? Je sens l’asphalte me reprocher cette multitude de sauts de chatte! Je te cherche, je me tue dans le souvenir de nos regards noirs, dans le sacre d’un amour secret, d’un amour sans baptême, une révolte plus païenne que jamais, tu t’amuses, j’en suis certaine à me savoir en errance ! Pour ne pas atteindre les enfers ; Je passe au « Terra Nova » voir Jacky, trouver un peu de paix à ses cotés.
Je tourne, et fais danser ma cuillère dans la tasse, petite musique pour un café serré ! et un parolier qui s’en fout.
Je m’évade, et englobe de passion, le jour où, ici même, assis près de la fenêtre tu écrivais, sur un de tes fameux carnets, ton “polaroïd” cabossé près de ton verre de whisky envahi de glaçons. Tu sais que je suis là ! tu m’embrasses de l’œil ! mais je file… Sous tes yeux ! à ton nez, te quitte pour la journée.
Le braconnage se termine là, m’extraire, me soustraire, à tes rêves d’hier. Trop tard ; rattrapée en pleine fuite la petite rousse
-Tu parts sans m’embrasser alors !
Catalan tu déploies devant moi, tes bras en couronne et dépose au front d’une reine de cœur un baiser qui vient absorber toute fatalité, «l’affect comme disent les intellos », Jacky et la salle se régalent, bâtissent leur histoire !
La nôtre, personne ne là connaît.
Amour, accouché de furtifs échanges, d’une rencontre singulière, insolite de vérité et de liberté si puissante.
Assise près de toi, pourtant tu m’as manqué, tant de fois… Lorsque le show-biz, toujours en quête, à ta table, me privait de « nous », alors par pudeur, je me contentai de ta voix aux accords lourds, rauques et sensuels, la vérité de tes silences de ton désespoir, cachée dans ce timbre envoûtant. Fallait-il être folle pour me sacrifiée ainsi.
Je paresse au Waikiki, et me souviens des soirs à la Closerie, là ou “Sergueï joue”… Et toi entouré si entouré ! Tes soirées partaient en sens contraires des miennes ! et jamais je ne t’aurais abordé, tu avais ton « quota » de groupies vieillissantes ou de bimbos à l’affût !
A cette époque, j’étais si jeune, pas encore prête, pas « faite » encore pour un ogre comme toi !
Des années à penser qu’il était trop tard, bien trop tard. Jusqu’à cette
après-midi de printemps deux mille trois, ou dans une empoignade insolente, tu fais savoir dans deux baisers orgueilleux, a tout le 5eme arrondissement que désormais
- Voila c’est officiel !
j’ai envie de fuir tu n’avais pas le droit , mais TU décides : « comme ça que ce sera officiel pour tout le monde ». Qu’est ce qui sera officiel ? une petite rousse de plus dans ton gynécée !! Pardon, ô pardon, je sais combien cette étreinte était douce à ton coeur, nécessaire pour calmer tes peurs, pardon.
Quelle fut paisible et folle cette parade lunaire sur le trottoir.
Je suis loin déjà, à l’abri malgré ma rage de tout, dans la douceur de ta bouche.
Tu dévoiles Ta vérité, et dans l’instant qui suit, me lâches en plein vol et tu n’offres bien sûr aucun parachute pour la descente…
Notre amour nous l’avons bien souvent vécu par procuration, cerébralité des âmes, nous flottions toujours entre les deux cotés de la jetée ! Chacune de nos avancées, précédait au rituel d’un rendez-vous manqué !
Les minutes et les jours se perdaient dans l’inconscience de notre temps inventé.
Combien de fois m’as-tu réduite à l’aliénation, au silence pour ne pas être « décevante »…Disparaître, m’évaporer plutôt que vivre ce fracas barbare, qui s’empare jour après nuit de mon ventre.
Moi qui ne sais pas prier, j’en ai appelé à toutes les lueurs célestes, pour que tu me rendes ma part de colère. Libère moi de toi, de nous, et reste muré parolier dans tes chimères qui me tuent. Tes promesses m’ont fait t’attendre des heures, des nuits sur le marbre de tes escaliers, ton indifférence devait-elle a ce point me fasciner? Et lorsque Roman Polanski , me lançait l’air amusé « alors vous l’attendez encore ! » je libérais pour lui un sourire complice mais teinté d’ennui
Ta folie douce-amère, ton exaltation permanente, tout était en échos de mes soifs, de mes désirs.
J’ai chéri tes soyeuses et fugitives certitudes, le feu de tes jouissances à mon bras, tatouages, magiques, cadeaux du vent,
lorsque tu effleurais ma peau, sous la luna, exquise et discrète messagère. Je naviguai le long de ta ligne de vie, un voyage de plus un voyage de trop… Toujours tu auras su habiller mes heures de douceur, autant que de douleur.
Oui, qu’on le croit ou non, j’ai aimé me noyer à t’attendre en rêvant.
Modeler dans l’argile tendre, un opéra, une offrande d’âmes folles en équilibres sur les paumes de la nuit, fantasmes d’amante aliénée, aux caresses d’un volcan de neige et de sang, peu importe leurs pensées, moi, j’étais là, à tes cotés, et rien d’autre ne pouvait alors compter. Rien, ni personne, j’ai tout abandonné, souvent déserté, pour être là au plus près de toi.
Nous nous sommes aimés ! A l’ombre d’une allée, dans une chambre en désordre, dans un regard, partout et nulle part, nous nous sommes aimés.
Un amour fou nous a tendu la main! Nous l’avons saisi à en froisser la lune, à ne plus voir les étoiles.
Chéris-moi une ultime fois et hisse-moi très haut vers les cimes, transporte-moi vers les forêts qui enveloppent le lac Stymphal pose-moi sur les plaines de Mongolie, parle-moi des barbares et d’Attila , mort le soir de ces noces ! Moi, je te raconterai, la douleur du roi Marc pour son Yseult. Les philtres porteurs d’amour, jusqu’au jour du grand départ. Je te raconterais tant de choses improbables que tu en laisseras pour une minute, une seconde, ton esprit libre de tout chagrin. Tu oublieras pour un instant ta belle, si belle, t’aimer c’était l’aimer elle aussi, alors au ciel de ton TOI , je n’ai jamais pris sa place.
Le temps est criminel, lorsqu’il s’allie aux phares des mers mortes, lueurs en lanternes enchantées, aux naufrages des sirènes aimées. Les phalènes se collent aux lumières meurtrières, le temps est assassin et nous le savions mieux que personne, nous le vivions mieux que chacun, car pour nous rien de plus précieux que ce temps désespérant qui s’affichait avec violence devant ce qui restait de mots à partager, de gestes à donner de batailles à livrer.
Nous faisions nôtres, les heures de cette vie, sachant certainement, que nous livrions ta dernière guérilla, et Besos a la muerta !
Cœur fou d’Attila ! notre chance aura été la dignité de nos cœurs.
Ce soir décapitée, le panier d’osier t’appartient.
Et je m’échoue à toucher ton absence, je ne suis plus qu’un corps, je vis moi encore ! accrocher comme le lierre aux pierres de ces murs de désastre, du cimetière Montparnasse.
lise dest /Messagero






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