Beth-Saïda / Michel Sidoroff / France Culture

« Beth-Saïda, la piscine des cinq galeries …» sont les premiers mots d’un poème en prose et sans titre de Rimbaud, un des moins connus parce qu’avec les deux autres qui l’accompagnent, il forme un groupe autonome que seules les éditions réellement intégrales de l’œuvre poétique ont reproduit : les proses dites « évangéliques » ou « suite johannique ».

Rédigé au verso (ou au recto) de « Mauvais sang », « Beth-Saïda » semble bien correspondre à la transition que Rimbaud effectue d’ « Une Saison en Enfer » à « Illuminations ». Ecrit sans doute au printemps 1873, il n’avait pu être daté plus précisément. D’autre part, ces trois proses, parallèles à l’évangile de Jean, ne renvoient à aucun projet particulier de la part de Rimbaud.

Un article écrit par Henri Cottez et moi-même, paru dans la NRF en juillet 1992, apporta quelques précisions sur la situation de « Beth-Saïda » et sa possible genèse.

Des recherches menées à Paris, Charleville et Toulouse établirent un lien quasiment certain entre l’exposition au salon de 1873, à Paris, d’un tableau de Jean-Paul Laurens, « La Piscine de Beth-Saïda » (et surtout le bruit que fit cette exposition), et l’écriture du poème et de sa suite par Rimbaud.

Henri Cottez, lexicologue, universitaire, avait participé à la Libération à la revue Fontaine, de Max-Pol Fouchet. Co-inventeur du principe analogique du Petit-Robert, Henri Cottez apportait une contribution essentielle à l’étude des formants du vocabulaire scientifique, et en particulier dans le domaine de l’hydologie…

Pour ma part, ancien élève d’Henri Cottez, devenu réalisateur à Radio France en 1987, j’avais fondé la revue de poésie Les Flamboyants avec Michel Monate. La revue avait publié les nouveaux poèmes d’Henri Cottez.

Des années plus tard, et après la disparition si douloureuse d’Henri Cottez en 1999, l’idée me vint d’un scénario radiophonique qui restituerait les principaux éléments de l’enquête qui avait abouti à cette petite découverte et ferait revivre cette amitié poétique d’une manière difractée. Le thème de l’eau devait y jouer un  grand rôle,  mais le signe de l’eau étant essentiellement féminin, j’imaginai une amitié entre deux jeunes femmes, débutantes dans l’existence, aimant la poésie et pratiquant volontiers le ton sardonique. En arrière-plan, l ‘amitié entre Verlaine et Rimbaud, si souvent marquée par le ton de la provocation, serait nécessairement présente.

Le tableau de Jean-Paul Laurens avait donné lieu à des polémiques sur fond de préjugés religieux. Quant à Rimbaud, il avait été l’objet de plusieurs tentatives de récupération religieuse, par Paterne Berrichon et par Claudel. C’était assez pour introduire dans le scénario une aventure  centrée sur la bataille pour la laïcité, dans une ville des Ardennes.

L’écriture intégrant dès le départ les éléments sonores, selon le principe du montage analogique, l’acoustique devait y jouer un rôle de premier plan, d’où la nécessité d’enregistrements en extérieurs. Le projet fut rendu possible par l’attention et la bienveillance de la municipalité du Kremlin-Bicêtre, qui prêta les locaux de la mairie, du café Le Kabice,  de la piscine du Club Quartier Latin dans le cinquième arrondissement, ainsi que par le prêt d’appartements privés. Que tous en soient ici remerciés. Quant au choix des comédiens, il avait été effectué, pour certains rôles, dès le commencement de l’écriture.

Michel Sidoroff

Michel Sidoroff, réalisateur

Thème(s) : Création Radiophonique| Littérature| Beth| Saïda


Source : Site France Culture

http://www.franceculture.com/emission-fictions-droles-de-drames-beth-saida-de-michel-sidoroff-2011-01-29.html

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