Il me reste toujours comme un bruit sourd,celui de ton coeur battant, sur lequel je rêve encore de m’endormir
Chargé des mêmes promesses qu’hier, un portrait argentique, au mur blanc du salon raconte des histoires auxquelles je ne pourrai plus jamais croire.

Quand le soir tombe, comme il est long ce morceau de route sans toi

Lorsque le doute arrive, reviennent avec le vent de novembre les souvenirs doux et tièdes. La rue Soufflot, la place de l’Estrapade, ta main accrochée à mon cœur dans un taxi en fuite pour la gare du nord.
Lorsque le doute arrive, j’ai le goût de tous ces cafés un peu trop noirs, petites ponctuations de nos matins de nos soirs.
Inutile de traverser les frontières pour faire des voyages inouïs, il nous suffisait de passer d’une rue à l’autre, mon bras en couronne contre le tien, de nous asseoir laissant glisser précieusement le silence comme les mots, combien de fois avons nous fait le tour de la terre ?

Le matin ou les larmes se sont fait silence, j’ai retrouvé les messages secrets sur ma peau, tatoués par toi les nuits de grands départs.

Depuis que la pierre t’a pris comme compagnon, je ne suis que vapeur éternelle, nuage où les hommes reprennent courage avant de voler plus haut.
Je t’entends rire de tout ça, et, malgré la cruauté de l’instant, je souris, je te souris, un voile frais s’enroule de mes chevilles a mes épaules, c’est toi qui me pares et me protèges

Il y a si peu encore chaque départ n’étaient que promesse de retour, de voyages renouvelés, saison toujours renaissante. Sans paradis ni enfer la vie au clair de Paris
Le monde, les jours, le vent de l’hiver me rappellent que le temps n’a plus les mêmes égards, et que sur le quai personne n’attend plus. J’apprends à ne plus avoir peur.

Dieu qu’il est long ce morceau de route sans toi

Demain je t’apporte des jonquilles et des coquelicots, pour toi pour elle pour l’amour qui flambe et qui niche dans le coeur de ceux qui ne craignent ni le feu, ni les blessures.

A toute la vie

2006 / à E.R.G

 

Etienne Roda Gil

Etienne 2008 copieEtienne Roda Gil ne disait que rarement « au revoir »
Il préférait, murmurer « A TOUTE LA VIE »
Alors, A toute la vie !
A toute la vie, Toi qui caresses le ciel au plus doux des étoiles
A toute la vie, Toi qui manques au jour qui se lève
A toute la vie, pour le refrain qui s’égare
A TOUTE LA VIE
A chaque demain et à tous les orages
Aux rêves qui se posent avec fracas depuis six années.

A toute la vie Estheban

 

Merci a Terre de femmes
qui a publié
« Dites moi. Cinq ans est assez pour qu’on oublie? »
Grazie Angele è Yvu
et mille merci a Guidu

Tdf : http://terresdefemmes.blogs.com

 

28 mai 2009

Cinq années sans Etienne Roda Gil

A toute la vie. Silence…

 

Dites-moi. Cinq ans, est-ce assez pour qu’on oublie ?

Le 28 mai prochain, il y aura cinq années qu’Etienne Roda Gil
s’en est allé rejoindre sa blonde aux yeux clairs.

Cinq années sans entendre sa voix, cinq années sans apercevoir sa dégaine autour de l’Estrapade, cinq années sans recevoir de fax, sans lire de nouveau texte, sans découvrir de croquis dans l’un ou l’autre de ses innombrables carnets, ces papiers assemblés qu’il appelait ses « polaroïds » ! Et toujours, quelque part, la photo de Nadine : son amour, sa vie.
Si cela vous semble étrange que je parle ainsi de celle qui fut à jamais l’aimée d’Etienne, sachez alors qu’il savait aussi chérir passionnément. Avec force et déraison.
L’aimer lui, c’était aimer son amour pour Elle.

Voilà cinq ans que j’attends qu’un véritable hommage soit enfin rendu à Etienne.

Dites-moi. Cinq ans, est-ce assez pour qu’on oublie ?

Il était mon ami, il était mon amour et le seuil de mes jours. Le temps passé à ses côtés n’était jamais compté. Et si parfois il vous a semblé que j’ai vécu là «ma saison en enfer» (!), sachez alors que l’hiver est bien douce saison, comparé au soir de printemps où le vent de toutes les terres a emporté corps, et âme, de mon parolier et fait de cette saison le poison de ma vie.
Comme à son habitude, ce jeudi de mai, après un rendez-vous donné, il a décidé une dernière fois de filer ailleurs, vers cet ailleurs qui déconstruit le cœur pour longtemps.

Etienne n’a pas été que le parolier fétiche de Julien Clerc.
Barbara, Gréco, Paradis, Obispo, Bertignac … ont également été parmi les interprètes de ses textes. En 1985, il a aussi fait l’adaptation de L’Idiot de Dostoïevski, rebaptisé L’Amour Braque, pour Andrzej Zulawski.

Etienne Roda Gil était un écrivain, un braqueur de mots qui torpillent et claquent comme vagues à la coque d’une improbable embarcation : La Porte Marine, Mala Pata, Paroles Libertaires, Terminé … Autant de publications dans de prestigieuses maisons.

Passionné par les barbares et par leurs mœurs, j’ai passé des nuits entières à écouter la vie du plus célèbre roi des Huns, une réhabilitation des barbares ! Lui seul pouvait écrire Moi Attila, qu’il récrira sous un titre nouveau juste avant son départ. Un texte plus puissant, plus amour dans le sang.
Attila, roi mort le soir de ces noces, Attila, barbare le plus cultivé d’Europe, prenait le pas sur Attila guerrier. (Où se trouve cet ouvrage aujourd’hui ? Sur les palettes de l’imprimeur ? Trop tard, une fois de plus !)
Et si je vous dis que je me souviens des instants de cette ultime écriture, que je me souviens avoir suivi silencieuse, la plume fine graver des pages et des pages, les avoir lus ces mots égarés, entre cafés noirs et whiskys noyés de glaçons en partage au Terra Nova.
Et même, si je vous dis que je me souviens du titre que nous avons choisi ensemble, cela vous étonnera je le sais, tant pis, tant mieux, en vérité je m’en moque.
Nous nous sommes aimés, sachez-le ! A l’ombre d’une allée, dans une chambre en désordre, dans un regard, aux instants de l’écriture, du doute de la détresse, partout et nulle part, nous nous sommes aimés, à en froisser la lune, à ne plus voir les étoiles.

Etienne Roda Gil, libertaire militant, farouche défenseur du droit humain, des droits du cœur et de la fraternité, des femmes qu’il aimait profondément parce que sûr de leur force viscérale, de leur puissance.

Comment avoir passé sous un silence si profond le départ de cet homme rare ?
De cet homme qui à si souvent su se perdre pour que les autres gagnent.
Où sont-ils donc tous allés poser leurs souvenirs, celles et ceux qui trinquaient à sa table ? Où sont-elles celles qui aimaient marcher, un rien de gloire dans le regard, lorsque à son bras elles flânaient rue Soufflot ou au Luxo?

Le Terra Nova est entré en deuil ce 28 mai 2004. Jacky en a quitté la gérance très vite.Trop cruelle l’attente du midi et du soir. Laura si sombre. Perdu son ami de toujours, perdu son confident et son frère de cœur. Nicolas, lui, est reparti en Espagne. Personne jamais ne l’a plus revu.
Et moi durant des mois, je suis allée caresser les pierres de ce qui lui sert de tombe, et puis un jour, fini le voyage, j’ai choisi d’accrocher mes larmes aux lierres de la pierraille du cimetière Montparnasse.
La misère a brûlé les champs de nos escapades, et peu importe le nombre de coquelicots qui pourraient pousser sur le sol de notre chagrin, ils ne pourront rien changer à notre colère.

Dites-moi. cinq ans, est-ce assez pour qu’on oublie ?

Voilà cinq ans que j’attends qu’un véritable hommage soit enfin rendu à Etienne
Mais je me dois d’être juste, Julio Iglesias qui était son ami, a lui trouvé et offert les mots de l’adieu, quelques phrases tremblantes lancées vers un ciel incertain pour celui qui ne croyait en aucun dieu, mais qui pour autant ne croyait pas en rien.

Qui m’accompagnera au matin de ce mois de mai, à ce rendez-vous d’amour
Dites-moi. cinq ans, est-ce assez pour qu’on oublie ?

Lise Dest-05 mai 2009

 

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