Dormir à l’Hôtel de Senlis

Dormir à l’hôtel de Senlis
Brassée de lys et d’iris, bouquet d’aube et de crépuscule réunis
Le regard en alarme j’épouse la vague et l’âme
le feu et la larme, au bord des armes.

Les phares des taxis sont les oiseaux de nuit de Paris
Qu’importe la couleur du temps
Le vent du prochain hiver jettera l’ivresse d’hier face contre terre.
Les dés roulent sur les pavés
Dormir à l’hôtel de Senlis
Ecouter « Les mots bleus »
Rêver que tout enfin finisse,… finisse, finisse.

lise de saint thibault (Lise Dest)

Ecorce a l’arbre de ma vie

Ma peau n’est plus qu’écorce à l’arbre de ma vie
feu de joie qui brûle de trop de cicatrices
Au ventre de la nuit m’agenouiller sous la pluie

Sourire pour atteindre un regard
Le mien, noir depuis toujours
Peut importe la couleur du temps
Ne se disperse plus aux quatre vents

Ma peau n’est plus qu’écorce à l’arbre de ma vie
feu de joie qui brûle de trop de cicatrices
Au ventre de la nuit m’agenouiller sous la pluie

Au ciel fort d’une nouvelle oraison
Qui viendra me prendre en passion
Récitera les mots d’une autre chanson

C’est en rêve
Que se dessine l’avenir
Sans souvenir
Ne reste que murailles à franchir
Que n’es-tu venu détruire
Mes gestes, mes mots, mes rires

Ma peau n’est plus qu’écorce à l’arbre de ma vie
feu de joie qui brûle de trop de cicatrices
Au ventre de la nuit m’agenouiller sous la pluie

Le temps d’aimer en grand
À prit la fuite au présent qui fleurit
A l’abri du printemps
L’élan s’éloigne à pas de géant

Ma peau n’est plus qu’ écorce à l’arbre de ma vie
feu de joie qui brûle de trop de cicatrices
Au ventre de la nuit m’agenouiller sous la pluie

Lise Dest – 2010

D’hier

De nos regards croisés, un soir d’été, s’agite une tresse magique de silences et de secrets. Au puit de mes paumes tu as déposé des mots et des pages, rien de ce qui a été lu ne me quittera.
Dans mon hacienda, blottie contre le « visage d’un Turc en pleurs » c’est un poignard que tu as planté dans ce qui me restait de coeur, une lame par toi plongée dans le miel, le feu, le meltem et le sel brûlants.
Voyageuse insolente, marée haute à en crever, c’est une déferlante incontrôlable qui casse les digues de la raison, vague qui m’enchaîne et m’entraîne au profond d’un gouffre inconnu : Le plaisir de cette écriture envoûtée.
L’Art a tout prix, au flot de ton sang jusqu’à l’épuisement, jusqu’à l’écoeurement
Noisette et jade mélangés, la couleur de tes yeux envahie les carnets et le clavier
où tes gégouts ont fini par faire alliance avec tes goùts.

Écrire pour être publié… Toujours la même croisade entre toi et l’attente.

Lise Dest

* Visage d’un Turc en pleurs – Marc Edouard Nabe
Gallimard – l’Infini

Site de Marc edouard Nabe : alainzannini.com

Supplique pour un bal mortel

par Lise Dest

vos gestesVos gestes me blessent, vos mains me parcourent et s’emportent je vous sens m’envahir, et graver sur le bord de mes lèvres vos messages insolents, confidences omniprésentes.
Notre bal mortel a commencé…
L’indécence de votre désir : goutte à goutte lent et froid, rythme des aveux singuliers,
mes veines lâchent, vos espoirs me plaquent au murs, je sens mon corps s’effondrer sous la force de vos caresses.
Vous êtes glacé mon amour ! venez chauffer le bout de vos doigts, coussins de chat! je vous confie ma tiédeur, aussitôt votre petit cœur de caméléon se glisse comme un hussard au plus loin de ma chaleur, de mes couleurs.
Je vous attends, vous interroge, ce soir, ni verbe ni mot, croiser votre regard ardent et lumineux, étreindre la nuit qui portera votre voix. Vous êtes mon aube rare, mon jeu de miroir.
Vous espérez des cris, et des sursauts, ce soir, je vous offre mes plus grands silences, à vous mon plaisir muet.
Vous m’étoufferez pour me faire crier, la glace et le sel pour m’obliger à hurler, j’avalerai mon extase pour en inonder votre bouche et vos mains cette nuit n’aura qu’un cri: le votre; supplique magnifique! souffrance aiguë, incommensurable jouissance du plaisir annoncé, consommé, certitude déclarée fondue dans les nimbes de mon «absence». Votre rage, hôte de ma de jouissance, vacillera contre mes jambes que vous aimez si blanches, lianes sinueuses dans le terreau de votre corps.
Vos draps noirs, sont comme le sang qui me parcourt et me pare, l’orchidée sombre, s’attarde mi ouverte, demi éclose dans l’écueil de vos mains de centaure, vous aimez en froisser chaque pétale, vous assurer de mon obéissance, vous pourriez en presser l’infini breuvage maintenant, mais vous choisissez l’attente, vrai plaisir, ultime grâce des corps qui se sculptent l’un l’autre dans le manque.
Dans l’ombre : vos yeux, gouffres de fantasmes ! pillent chacun de mes délires …
Sous les grammes de mes soies votre souffle, me coupe de la nuit. Propulsé vers d’autres lumières, plurielles et cadencées, mon corps sans parole cherche un enchevêtrement définitif, une apnée magique.
Vous investissez mes reins comme le banc d’une église repos d’un ange avant l’attaque du guerrier!
Nous nous attendons, nous détachons, Rodin, Henner, Fromentin, nous guettent, les murs résonnent de l’improbable mélange des pastels, des sanguines, et de vos bras, passagers clandestins de mon corps nacré. Coquillage pour collectionneur d’algues et d’étoiles abandonnées, cadeaux d’un corps à cœur aux moissonneurs des grandes marées.
Qui connaît mieux qu’un pêcheur de hasard, la couleur des yeux des femmes coquillages ? couleur du néant, couleur de celles qui le regarde.
Le temps emprisonne les nuits d’amour, comme les larmes grenat de ceux qui préfèrent les ponts ou les rames glacées d’un quelconque métro…
Vos mains me touchent, vos mains me baignent et me douchent au milieu du plus désastreux vacarme organisé sur la planète, l’espoir de notre nuit se joue dans un écrin de douceur et de douleur, prenez moi dans vos bras c’est là que j’ai envie de voyager!
Votre peau sent le vent et l’orage, faites de la mienne, l’empreinte sombre de votre linceul, puisque mon amour nous partageons la même peur : la puanteur de la mort!
Plantés dans le corps l’un de l’autre, votre iris catalan, uni au de sang de ma vie qui fut bleu en son temps! se fige, vers l’obsédante image du dernier voyage, danse ultime, assaut final incontrôlable, le vent et le feu à en crever.
Vos mains se font plus rudes, violentes et fortes, m’arracher de votre corps me tuerait , je me laisse porter par votre peur et son étreinte, seul espoir d’une éternité contrainte.
Etendus, dans le silence d’une fusion insolite, vous me déchirez pour que le temps n’existe plus, pourquoi me rappeler à l’ordre ? votre désir m’inonde, la charge glacée de votre effort me propulse, à en perdre l’esprit, mon maître m’emporte vers la mort, loin dans le tourbillon de ses yeux de jais.
Souvenez-vous de “la tentation de St Antoine” de Gérôme Bosch,
envolons nous, loin de la vie sur le poisson géant de ce triptyque de perfection et d’hérésie.
La mort n’a plus d’odeur mon cœur, mon amour, ma douceur, vous aimez mon parfum depuis si longtemps, aujourd’hui voulez-vous vraiment en connaître le nom ?
Serrez-vous contre moi, et parcourons enfin sur notre animal ce monde qui nous exaspère.

lise dest /2004

Sage et sans fard

Vous
Ma source sans sulfure
Mon attache singulière
Ma lumière et parfois mon ciel

Sage et sans fard
C’est d’amours parallèles
Que s’enchaînent les soirs

Vous
En habitudes données
Secret profond bien gardé
À mes silences jamais calmés

Au jardin de vos lendemains
Entre sable et roses trémières
Veillez à mes lumières
Gardez a la lanterne
Le secret entre vos mains

Sage et sans fard
C’est d’amour parallèle
Que le soir aime
Et s’enchaîne

Vous
Dans le chaos des capitales
Tinte le diapason
D’un soleil d’automne

Mon jeu, mon miroir
En maître des mots
Me condamne
A poser mes aubes
A vos genoux

Sage et sans fard
Cet amour parallèle
Qui s’enchaîne au soir
J’y pose mon cœur
Vous respirer encore

Lise Dest – 2010

Trou noir Trou de mémoire

Trou noir
Trou de mémoire

L’histoire en corps
Assise en tailleur
Jambes croisées
Danseuse silencieuse
Sur le banc de l’univers
Réinvente les jeux
Les parcours du tendre
Sur la carte stellair
e

Trou de mémoire
Trou noir

Partage bleu et noir
D’un éventail amoureux
Des étoiles, de leurs histoires
Caresse le front les méches
De la paresseuse
Qui
Se prépare en douceur
Pour regagner la terre
Le temps d’une nuit
Magicienne et claire

Lise Dest-Fevrier 2010

La vie obstinément balance entre ses pas absents

Il était mon bonheur
Le fond de mon coeur
La fine peau de mon existence
C’était tous les temps conjugués
Jusqu’au matin de l’absence

La vie obstinément balance entre ses pas absents
Et se plait à rire aux joies des enfants

Le soir
Toujours l’insupportable espoir
Apercevoir ma part d’espérance

Car c’est bien dans le noir
De ce mois de printemps
Qu’il est parti faire la fête ailleurs
Me laissant à peine vivante
ne me laissant pas le temps d’y croire

Et vous, mains collées au visage
comme deux feuilles d’automne
Vous me dites
Qu’il est temps d’être sage
Qu’il est temps de dire
Que je leur pardonne

Il était mon bonheur le fond de mon coeur
la fine peau de mon existence
c’était tous les temps conjugués
jusqu’au
matin de l’absence

La vie obstinément balance entre ses pas absents
Et se plait à rire aux joies des enfants.

La vie obstinément balance entre ses pas absents
Et se plait à rire et répeter les joies des enfants

Lise Dest

Attila le ciel s’effondre

Ô Barbare
Comme il me semble loin , le temps des fiançailles
Des récits et des batailles, contre ton cœur serrée

L’herbe est verte, Eet les chevaux
Dans la hâte d’une prochaine étape
D’une nouvelle conquête

La terreur aussi est là
Sous la voûte je hurle
De t’apercevoir
Chevauchant vers les plaines de mon pays

Ô barbare
La nuit approche et le soir de nos noces
Ne sera bientôt plus que songe et chagrin
Offerts aux terres d’Andalousie
Ton amour, mensonge
Dans les mains ensorcelées de la nuit, qui se donne
Comme une fille sans destin

Regarde Attila
Regarde mon roi
Le ciel qui s’effondre
Au bruit du galop
Le vent n’est plus qu’immense sanglot

Drap de soie pourpre
De douleur et de peur
Perles d’orient
Funeste collier
Au cou de ta reine blessée

Ô barbare
stop ton pas
Arrête là les étoiles
Laisse les enlacer
Une nuit nouvelle
Attend
Pose sur les notes de l’aube
Un long silence
Et,
Ne prends pas part
Au banquet de nos noces

Le parjure et l’infamie guettent
Les runes ont parlées
Mon cœur t’implore

Attila
Tu resteras le roi mort
Au soir de ces noces
Pas de négoce avec le sort

Guide impuissante
D’une meute qui meurt
Sous les coups de l’enfer
Il n’est que lac
De sang à mes pieds
Au dernier soupir
D’un promis
Qui vient de changer de rive

Ô Barbare
Comme il me semble loin
Le temps des fiançailles
Des récits et des batailles
Contre ton cœur serrée

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Lise Dest