Aliénée d’amour dans la clarté et la brume lunaire
Je réciterai les vers de notre opéra
Au profond des abysses, parées d’algues et de corail
Bercée à la complainte des fougères
Filles de mémoire aux lithanies assassines
Sous la lumière
Tu me trouveras étendue
Au chant pâle de lune, refrain d’étoiles sacrifiées
Au mépris du zodiaque tailleur de linceuls lactés
Je me coule dans un lit de miel et de moire
Je ne serai plus jamais seule
Au dessus du miroir.

Lise Dest

 

Mort de Mano Solo ce 10 janvier 2010

manosursceneSi sa voix déchirante a forgé sa signature, c’est bien la capacité à parler des problèmes de ses contemporains en traitant les siens qui ont fait de cet artiste disparu en 2010 l’un des chanteurs les plus atypiques de la scène française.

Il joue avec les mots, avec la vie, avec la mort, pour aller plus vite qu’elle et la battre à la course. Et le résultat est splendide. Il est difficile d’exprimer en quelques phrases la grande et magistrale gifle qu’il nous assène. Comment dire la noirceur et la lumière mèlées, la fureur et l’ennui? A propos d’ennui, Mano Solo a aussi exposé, sous le nom de Boredom, des toiles, avant de quitter la peinture pour la musique… Les toiles, il n’en a plus, toutes vendues ou données. Il jette de la même façon ses chansons à tous vent. Ne manquez pas de les attraper au vol.

Source evene.fr / multimania

http://www.youtube.com/watch?v=-7wL0dngbnk http://www.youtube.com/watch?v=-7wL0dngbnk

 

Dans nos nuits…

Il y a dans nos nuits des hommes endormis, seuls, loin de tout souvenir.

Dans le froid et le noir, des hommes qui en veulent au soleil de n’avoir pas rendez -vous avec la lune !

Il y a aux portes cochères de mes amours d’adolescente,
des errances qui font calancher mes envies de sourire.

Au bord de mon fleuve, près de la rive où je suis née
il y a des terreurs qui me font hurler que l »au delà  » c’est déjà ici et très bas

Demain matin, au pied d’un marronnier effeuillé par l’automne
pendues aux lèvres d’un homme évanoui, le givre de notre ignorance de notre indécence.

Avant que ne coule le vin de la fçete, nous aurons eu le temps de leur en vouloir de vider
du soir au matin du mauvais vin, de pisser contre nos portes, et de nous traiter de salauds.
Oui nous saurons aller jusque là

OUI c’est évident le soleil a définitivement rompu avec la lune
les fiancailles annulées rompues à la divague des paumés
Oui le soleil cesse de briller pour ces ombres fatiguées de n’être plus,
de n’être pas.

Pourtant cette nuit il lui en coûtait peu, de faire la paix avec les étoiles
de prendre rendez vous sous le halo, et de passer une bague serpentine
au doigt glacée de la nuit.

Juste parce que
Il y a dans nos nuits des hommes endormis, seuls, loin de tout souvenir.

Lise Dest

Un texte qui n’est pas récent et pourtant …..

 

La nuit

Lorsque la nuit doucement
se pose il reste d’hier
encore quelquechose
Un parfum de roses
Un souffle qui fait palpiter
Charmes et peupliers

Son langage appartient a la terre
Comme les ailes de l’oiseau à la mer

Lorsque la nuit doucement se pose
Elle laisse là au sommeil de novembre
Un ciel qui ne m’aura pas beaucoup
Aimé

Un homme pleure
Dans cette nuit écartelée
Un homme nu comme l’ombre
Que cherche t-il à l’heure
Des amants et des chimères
Une île, une colombe
Dans ses rêves déchirés
Un homme pleure et je l’entend

Lorsque la nuit doucement
se pose il reste d’hier
encore quelquechose
Un parfum de roses
Un souffle qui fait palpiter
Charmes et peupliers

Et se posent en silence
Larmes et souffle d’errance
Aux derniers parfums
Des roses espérance
L’espoir est vain
Puisque le nom même
De la rose le dit

Dans ses rêves déchirés
Un homme pleure et je l’entend

Lise Dest/nov 2009

 

Lear :
Hurlez, hurlez, hurlez donc!
Êtes-vous des hommes de pierre!
Si j’avais vos langues, vos yeux, je les emploierais si bien
Que la voûte du ciel se disloquerait!

(Shakespeare, Le Roi Lear, V, iii, trad. Yves Bonnefoy)

 

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