Ahmad Shamlou / Jacques Bonnaffé

 

« Tes lèvres, délicates comme la poésie
changent les plus lubriques des baisers
en une telle pudeur
que la créature des cavernes
en tire avantage
pour prendre forme humaine… » Poème « Aïda dans le miroir » lu par Jacques Bonnaffé.

La poésie iranienne porte en elle sa force d’hymne, elle nous frappe par son « bel ensemble ». Elle peut rentrer dans la case actualités ou même dans celle des…
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Me laisser vivre / Victor Hugo

014J’ai tracé ton nom sur la dune
La vague de la haute mer l’effacera mais
Ce que rien n’effacera
C’est l’amour que ton Père a pour toi
Léopoldine…
Il est temps que je me repose
Je suis terrassé par le sort
Ne me parlez pas d’autre chose
Que des ténèbres ou l’on dort !
Que veut-on que je recommence ?
Je ne demande désormais
A la création immense
Qu’un peu de silence et de paix…
Pourquoi m’appelez vous encore
J’ai fait ma tâche et mon devoir
Qui travaillait avant l’aurore
Peut s’en aller avant le soir
Vous savez que je désespère
Que ma force en vain se défend
Et que je souffre comme un père
Moi qui souffris tant comme enfant…
Si ce Dieu n’ a pas voulu clore
L’œuvre qu’il me fit commencer
S’il veut que je travaille encore
Il n’avait qu’à me laisser…
Il n’avait qu’a me laisser vivre
Avec ma fille à mes côtés
Dans cette extase où je m’enivre
De mystérieuses clartés.
Peut-être livide et pâlie
Dit-elle dans son lit étroit
Est-ce que mon père m’oublie
Et n’est plus là que j’ai si froid
Vous vous voulez que dans la mêlée
Je rentre ardent parmi les forts
Les yeux à la voûte étoilée
Oh l’herbe épaisse où sont les morts.
Il n’avait qu’à me laisser vivre
Avec ma fille à mes côtés
Victor Hugo

Paris mon chéri…

« Mon Paris chéri… Paris Je marche dans tes rues Qui me marchent sur les pieds Je bois dans tes cafés Je traîne dans tes métros Tes trottoirs m’aiment un peu trop Je rêve dans tes bistrots Je m’assoie sur tes bancs Je regarde tes monuments Je trinque à la santé de tes amants Je laisse couler ta seine Sous tes ponts ta rengaine Toujours après la peine Je pleure dans tes taxis Quand tu brilles sous la pluie C’que t’es belle en pleine nuit Je pisse dans tes caniveaux C’est d’la faute à Hugo Et j’picolle en argot Je dors dans tes hôtels J’adore ta tour Eiffel Au moins elle, elle est fidèle Quand j’te quitte un peu loin Tu ressembles au chagrin Ça m’fait un mal de chien Paris Paris combien Paris tout c’que tu veux Boul’vard des bouleversés Paris tu m’as renversé Paris tu m’as laissé Paris Paris combien Paris tout c’que tu veux Paris Paris tenu Paris Paris perdu Paris tu m’as laissé Sur ton pavé J’me réveille dans tes bras Sur tes quais y a d’la joie Et des loups dans tes bois J’me glisse dans tes cinés J’me perds dans ton quartier Je m’y retrouverai jamais Je nage au fil de tes gares Et mon regard s’égare J’vois passer des cafards sur tes bars J’m’accroche aux réverbères Tes pigeons manquent pas d’air Et moi de quoi j’ai l’air Paris Paris combien Paris tout c’que tu veux Boul’vard des bouleversés Paris tu m’as renversé Paris tu m’as laissé Paris Paris combien Paris tout c’que tu veux Paris Paris tenu Paris Paris perdu Paris tu m’as laissé Sur ton pavé Je marche dans tes rues Qui me marchent sur les pieds Je bois dans tes cafés Je traîne dans tes métros Tes trottoirs m’aiment un peu trop Je rêve dans tes bistrots ma ville, courage… » Marc Lavoine et Souad Massi

Dis quand reviendras tu ?

… »Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti,
Tu m’as dit cette fois, c’est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c’est le dernier naufrage,
Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c’est joli pour se parler d’amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris »…

Barbara

Lavilliers / Je cours

Résonner mes pieds sur l’asphalte
Souffle tapant dans mes tympans, je cours
Allongée la foulée de rêve
Je suis plus dans le marche ou crève, je cours
Entre les blocs entre les grilles
Et dans l’intérêt des familles, je cours
Je déroule le tissu urbain entre Italie et Pantin, je cours
Et puis la montée d’endorphine
C’est meilleur que la cocaïne, je cours
Je cavale dans le monde entier
Et personne ne me court après
Jamais… Je cours
Maintenant plus rien ne m’arrête
Je suis un nuage une flèche, je cours
Il y dans le creux de mes reins
La locomotive des reins, je cours
Mes poumons ont de l’amplitude
Je vais prendre de l’altitude je cours
Comme un forcené un dément
Contre la montre à contre temps, je cours
Mes tendons me tapent sur les nerfs
Mes chaussures ont des coussins d’air, je cours
Je cours plus vite qu’une balle
plus vite qu’une attaque cérébrale, je cours, je cours
Sur les toits de ce vieux Parnasse
Sur les traces de Fantômas, je cours
Surtout lorsque le jour se lève
Sur les chômeurs et sur la grève, je cours
Au-delà du bien et du mal
Je peux vous dire que ça fait mal, je cours
Résonner mes pieds sur l’asphalte
Souffle tapant dans mes tympans, je cours
Allongée la foulée de rêve
Je suis plus dans le marche ou crève, je cours
Entre les blocs entre les grilles
Et dans l’intérêt des familles, je cours, je cours
Je cours toujours plus vite, je cours
Toujours

Bernard Lavilliers /Causes Perdues & Musiques Tropicales

Cora Vaucaire

Cora Vaucaire
Délicate dame de Saint Germain des prés s’est envolée avec l’été..
La disparition de Cora Vaucaire est restée discrète
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Créatrice avant Montand de la chanson de Prévert et Kosma «Les Feuilles mortes» (enregistrée en 1948), elle défendait ce qu’elle appelait, «l’esprit français des textes qui expriment souvent la joie de vivre et toujours des sentiments forts».

Trois fois couronnée par l’Académie Charles Cros, elle immortalisa notamment «La Complainte de la Butte» qu’elle interprète dans le film de Renoir «French cancan» en 1955 et «Trois petites notes de musique» dans celui de Colpi, «Une aussi longue absence» en 1960.

Silhouette menue, le sourire éclatant, la voix claire et la diction parfaite, Cora Vaucaire – qui a débuté au théâtre – chantait en comédienne, ciselait chaque chanson en une petite pièce de trois ou quatre minutes, l’interprétant avec charme, émotion et sincérité.

Son répertoire sans concessions, se composait de chansons oubliées du Moyen-Age («La complainte du Roy Renaud»), de succès de la Belle Epoque (ceux d’Yvette Guilbert), de textes de poètes (Appollinaire, Carco, Aragon), ou d’autres interprètes comme Maurice Fanon ou Jacques Debronckart, qu’elle appréciait particulièrement

Source : Liberation

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Un ouvrage : Martin Pénet, producteur à France Musique et historien de la chanson, a réalisé cette autobiographie à deux voix.

Sur mon cou / Jean Genet

Sur mon cou, sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et plus grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve,
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.

Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.
Ô traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.

Extrait de : Le Condamné à mort et autres Poèmes (Poésies/Gallimard, 1999)