Nuit et Brouillard / Ferrat

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

Paroles et musique Jean Ferrat

 

519Q87ZWKOL._SL60_Cliquez sur le lien
pour entendre ce texte de Boris Vian et ,magnifique la voix
de Mouloudji qui nous prend le coeur et la main pour…Vivre

FAUT VIVRE / MOULOUDJI
http://www.youtube.com/watch?v=Yh4WNJlS1Ss

(et si le lien ne fonctionne pas retrouvez « Faut vivre » sur youtube )

Il y a peu être 150 millions de galaxies
contenant chacune 120, 150 millions d’étoiles…
A des centaines de milliers d’années lumières…
Il y a des centaines d’autres galaxies
contenant encore des milliards d’étoiles…
Poussière dans un Sahara d’étoiles…

malgré les grands yeux du néant
c’est pour mieux nous manger enfant
et les silences et les boucans…
faut vivre…
bien qu’aveugles sur fond de nuit
entre les gouffres infinis
des milliards d’étoiles qui rient…
faut vivre…
malgré qu’on soit pas toujours beau
et que l’on ait plus ses seize ans
et sur l’espoir un chèque en blanc
faut vivre…
malgré le cœur qui perd le nord
au vent d’amour qui souffle encore
et qui parfois encore nous grise
faut vivre…
malgré qu’on ait pas de génie
n’est pas Rimbaud qui peu pardi
et qu’on se cherche un alibi
malgré tous nos morts en goguette
qui errent dans les rues de nos têtes
faut vivre…
malgré qu’on soit brave et salaud
qu’on est des complexes à gogo
et qu’on les aime c’est ça le pire
faut vivre…

malgré l’idéal du jeune temps
qui c’est usé au nerf du temps
et par d’autre repris en chantant
faut vivre…
malgré qu’en s’tournant vers l’passé
on est effrayé de s’avouer
qu’on a tout de même un peu changer
faut vivre…
malgré qu’on soit du même voyage
qu’on vive en fou, qu’on vive en sage
tout finira dans un naufrage
faut vivre…
malgré qu’au ciel de nos poitrines
en nous sentinelle endormie
dans un bruit d’usine gémit
le cœur aveugle qui funambule
sur le fil du présent qui fuit
faut vivre…
malgré qu’en nous un enfant mort
parfois si peu sourit encore
comme un vieux rêve qui agonise
faut vivre…
malgré qu’on soit dans l’engrenage
des notaires et des héritages
ou le cœur s’écœure et s’enlise
faut vivre…
malgré qu’on fasse de l’humour noir
sur l’amour qui nous en fera voir
jusqu’à ce qu’il nous dise au revoir
faut vivre…
malgré qu’à tous les horizons
comme un point d’interrogation
la mort nous regarde d’un œil ivre
faut vivre…
malgré tous nos serments d’amour
tous nos mensonges jour après jour
et bien que l’on ait qu’une vie
une seule pour l’éternité
malgré qu’on la sache ratée….
Faut vivre…

 

C’est en vain/ Mano Solo

frere02-Et je sais que c’est en vain que je mords un sein, que j’embrasse une épaule, que ma peau se frotte et frôle. Et je sais que c’est en vain que mille fois je replonge, sans jamais me mouiller, sans jamais me noyer.

Et je sais que c’est en vain que je dévore la route, pour chaque soir étaler mes crôutes.
Mais tu n’es pas dans la salle, c’est sur une autre scène que tu déballes tes oripeaux et ton pipo.

Et je sais que c’est en vain, y’a plus que des villes sans fleuve, des pays sans femme et sans chien, y’a plus que des ports sans voile et des métros sans bouche.

J’ai oublié ton numéro, mais pas celui qu’on faisait tous les deux.
J’aurais beau chercher une voix sans traverses, un chemin sans l’enfer, j’aurais beau courir plus vite que mon corps et trouver une mort sans cimetière. J’aurais beau chercher des journées sans remords et des boules sans qui-est-ce? J’aurais beau lutter sans forces et abandonner avec violence.

Je sais que c’est en vain, depuis toi, je n’aime rien

Mano Solo

 

Ce texte a été écrit par Arnaud LeGuern, merci a lui pour ce cadeau.

84, RUE MESRINE
« Il n’y a pas d’évènements vrais. Le vrai, c’est ce qui relève de l’art. » Fassbinder
Jamais fatigué de me balader sur les toits, de lorgner les gouttières, en aristochat des hautes asphaltes humides, j’ai attéri sur un balcon rue de la Fontaine-aux-clercs, à Paris au milieu des décombres de malfrats, dans un arrondissement de gris, de béton, et de trouées cristallines entre deux bourrasques ventrues.
A ce comptoir du froid, je suis chez moi.

C’est l’île d’une L… de Beauté, blonde Mélusine aujourd’hui penchée sur le berceau de mes éclats d’âme choqués au vent dans son manteau de neige. Tous mes néons parent ce territoire claudiquant qui me renvoie échos, images, silhouette, carrure et œil complice du Roi immortel de la Cour des bandits miraculeux : Mesrine Jacques. Le nom râle, tambourine, plante ses crocs jamais limés dans l’échine du temps qui ne passe pas, prend toute la place que je laisse. Mesrine balaie l’air des lieux et cisaille l’air du temps, le flambe comme un vulgaire scribouilleux quêtard de scoops. Pour l’air du temps, comme pour d’autres : une balle dans l’épaule, une dans la mâchoire, une dernière dans le bras et la bougie, caresse finale, qui aveugle. Mesrine pas mort évidemment, fantôme bruyant qui hurle aux loups éveillés ses tirades poétiques : « Debout les morts de faim ! », « Croquez, chers croquants, les chairs dépecées ! », « Faites de vos cavales, cavalcades et cavalières, des palaces, des suites luxueuses pour voyous des messes du temps présent. »

Arpenteur des contrées polémiques de Basse-France et peau épiques des caracos soyeux, je suis à la lettre, au pied beauté de ses tchin-tchin de fanfaron, l’instinct de mort magicien du grand Jacques, artiste du braquage, Arsène Lupin de l’évasion, Cyrano des années 70. Je me repasse la bande archi-connue, je dégage les commentaires à képi de Broussard, et raconte l’histoire de Mesrine. Son corps fascinant dans sa caisse, une BMW, son corps troué, explosé de balles et exposé aux corbacs, clic-clac kodak, sous les flash à grenades, un Che des grands boulevards urbains. Son épitaphe, pour ceux qui croient au grand Ciao, je la pique à Edmond Rostand :

« Philosophe, physicien, Rimeur, bretteur, musicien et voyageur aérien,
Grand riposteur du tac au tac Amant aussi – pas pour son bien !-
Ci-gît Jacques Mesrine Qui fut tout, et qui ne fut rien. »

Il fut tout, il ne fut rien, Jacques, comme tous les petits princes pervers au cœur battant, adoubés par des lucioles trinquant à la fragilité de la mélancolie. Les princes, de Bergerac, de Kerangoff, de Pinarellu ou de La Fontaine-aux-clerc, vous savez « ceux-là qui pour amante n’ont que du rêve soufflé dans la bulle d’un nom ». Les princes qui, sur le boulevard del sol, disent bye bye à grande vitesse au Faron, aux monts pelés et crâmés comme une carcasse fassbinderienne sur un siège avant de BMW. Les princes qui font tourner les tables, connaissent les fins mots des affamés et débarquent au port des fines attaches, la bouche pleine de poésie.
Dites-moi, vous, j’arrive, je m’installe, Jacques est-il là ? J’attends ta réponse, bella, elle ne tarde pas, tinte, aussi légère qu’une lame :

_ « Ciel d’un joli gris laissant passer quelques lacrima christi et le souffle fort de Mesrine qui attend au parloir libre de mon balcon une bastos fumée de voyou… »
Au 84 de sa rue, Jacques arrose, enfile tous ses déguisements, poursuis son histoire, avec pour bande-son, les doigts de Sergueï sur le clavier.
Champagne !
A.L/2001

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Dylan Thomas

 » Au commencement était le mot, le mot
Qui des bases solides de la lumière
A dérobé toutes les lettres du vide. »
Dylan Thomas

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