AngÚle Paoli, « Lalla ou le chant des sables »

« Elle n’Ă©tait plus Sarah.
Elle appartenait à la rude densité du ciel, aux impitoyables
Ă©tendues de sable. Au vent
Elle allait enfin apprendre Ă  s’appartenir »

AngĂšle Paoli extrait de Lalla ou le chant des sables
terresdefemmes.blogs.com/

Sachant que L’ouvrage de ma tendre et lumineuse amie, m’est dĂ©diĂ©, j’accueille sa parution avec une Ă©motion particuliĂšre, forte, douce et chaude ;
Car il y a dans ce rĂ©cit-poĂšme une incroyable concordance de vie, de rĂȘves nĂ©gociĂ©s sous la plume d’AngĂšle;
Je sais combien cette parution lui est chĂšre,
et je sais aussi les battements de son coeur,
les sentiments mélangés au fond de son regard « vert comme la sulfure du cristal fantÎme » posé sur mon bureau.
Merci du plus profond de moi
Lisa

Sur mon cou / Jean Genet

Sur mon cou, sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus lĂ©gĂšre et plus grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cƓur s’émeuve,
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.

Ô viens mon beau soleil, î viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mùne-moi loin d’ici battre notre campagne.
Le ciel peut s’éveiller, les Ă©toiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer, et des prĂ©s l’herbe noire
Accueillir la rosĂ©e oĂč le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.

Ô viens mon ciel de rose, ĂŽ ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tĂȘte ronde.
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pñlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.
Ô traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des ocĂ©ans ; couvre-toi de lumiĂšre,
Use de la menace, use de la priĂšre,
Mais viens, Î ma frégate, une heure avant ma mort.

Extrait de : Le CondamnĂ© Ă  mort et autres PoĂšmes (PoĂ©sies/Gallimard, 1999)

Nos Ăąmes Ă  l’abri / Alain Bashung

https://music.youtube.com/watch?v=URCSBdcWzYU&feature=share

En amont. Alain Bashung. Barclay/Universal./ Alain Brunet critique CD

CĂŽtĂ© rĂ©alisation, il y a forcĂ©ment une part d’Édith Fambuena dans le son d’En amont, dont elle a nettoyĂ© et amĂ©liorĂ© les maquettes. Il y a ses guitares, sa basse, ses programmations numĂ©riques, auxquelles s’ajoutent des contributions instrumentales ou vocales de RaphaĂ«l, Doriand ou Arman MĂ©liĂšs.

NĂ©anmoins, un nuage plane au-dessus de ces chansons inĂ©dites: le principal intĂ©ressĂ© ne les avait pas sĂ©lectionnĂ©es pour son opus ultime. Pourquoi alors replonger dans ces fonds de tiroir? Pour garnir la caisse des ayants droit de l’artiste disparu?

Cela pourrait ĂȘtre plausible, mais… Ă  l’Ă©coute de ces 11 titres pour la plupart excellents, on optera ici pour des motifs de cohĂ©rence esthĂ©tique: fort possiblement, Bashung avait choisi les autres car ils formaient un tout et que ceux-ci cadraient mal dans Bleu pĂ©trole.

D’aucuns rĂ©futent cette vision, croyant que ces chansons ne mĂ©ritaient pas l’exhumation, concluant que Bashung ne les trouvait pas Ă  la hauteur. Dans la mĂȘme optique, les dĂ©tracteurs d’En amont croient ses thurifĂ©raires de l’album aveuglĂ©s par la plus plate nostalgie, par le souvenir romantique d’un grand disparu.

Affirmons au contraire que les dĂ©tracteurs font ici preuve de dogmatisme en dĂ©duisant l’application d’une stratĂ©gie d’affaire rĂ©prĂ©hensible que pratique depuis longtemps l’industrie de la musique: amasser une cagnotte supplĂ©mentaire avec les morts cĂ©lĂšbres en Ă©tirant la sauce.

Pour une rare fois, inscrivons-nous en faux contre cette lecture, mécaniste dans le cas qui nous occupe. Optons ici pour une autre évaluation avec cet a priori: toutes les transgressions sont possibles, seul compte le résultat final. Et le résultat final est plus que défendable!

On peut, par exemple, deviner qu’un malade en phase quasi terminale, pourtant capable de chanter avec l’expressivitĂ© nĂ©cessaire à l’exercice malgrĂ© l’affaiblissement, trouve pompeux de sĂ©lectionner Immortels. VoilĂ  certes une chanson fabuleuse de Dominique A, dont la thĂ©matique pourrait par son seul titre laisser traĂźner quelques soupçons de vanitĂ© ou de grandiloquence.

On peut supposer que Bashung, arrivĂ© au seuil de l’infini, eut le dĂ©sir de l’humilitĂ© et donc repoussa des rimes telles «Tu vois, ça fait longtemps que j’me fais peur / Des fois, je me dis que j’vais m’enfuir avant l’heure…» telles qu’on les entend dans la splendide Montevideo de MickaĂ«l Furnon.

On peut comprendre que Bashung eut aussi Ă©carté Nos ùmes Ă  l’abri, qui rĂ©vĂšle un texte magnifique de Doriand; dans le contexte, cela pouvait aussi gĂ©nĂ©rer quelques confusions entre le propos rĂ©el de l’auteur et le refuge dĂ©finitif de son interprĂšte, soit sa dissolution dans l’univers.

«… Ad vitam aeternam / sur la plage, un sablier / Pour mettre nos Ăąmes Ă  l’abri…»

* * * *

 

 

Philippe Galanopoulos

Je vous reparlerai de Philippe Galanopoulos, les liens vers ses images, sa passion Polaroïd tout son univers multiples et classieux , la gentillesse, la véritable offerte à qui le rencontre.

retrouvez le lien du blog de Philippe Galanopoulos dans  « Coeur d images »et « Atout coeur » ici.

Octobre Rose?