NINO FERRER

nfNino Ferrer
Né à Gênes, Italie le 15 août 1934
Décédé le 13 août 1998

Nino, Personnage en marge du milieu musical,

Jazz man, Nino Ferrer va jouer avec de grands noms du jazz : bassiste aux côtés de Richard Bennett et accompagnateur de Bill Coleman et Nancy Halloway.
« Pour oublier qu’on s’est aimé » Nino Ferrer n’a pas connu de grand succès lors de sa sortie en France. Mais sur la face B… Il décide de mettre une chanson qu’il a écrite au tout début des années 50, « Un an d’amour ». Cette chanson est reprise en Italie puis en Espagne, et est plus connue aujourd’hui sous son titre espagnol « Un Año de amor », que le réalisateur Pedro Almodovar a utilisé dans son film ‘Talons Aiguilles’.

A la fin des années soixante, Nino engage un jeune musicien camerounais, Manu Dibango, qui se fera connaître plus tard en tant que saxophoniste. Mais c’est comme organiste que Dibango travaille avec le chanteur.

Décidé à mener la vie et la carrière qu’il entend, il s’installe dans le Quercy, région du sud-ouest de la France, et commence à élever des chevaux. Mais la musique le tient toujours et sa rencontre avec l’Anglais Mickey Finn change beaucoup de choses dans sa vision de son travail. Mickey Finn est un guitariste anglais qui a fait ses classes avec T.Rex, Clapton ou les Stones. Avec lui, Nino se plonge dans le rock. Il met à jour des textes plus sombres, plus proches de lui.

En juillet 98, Mounette ( sa mère) meurt, créant un vide certain dans l’existence de son fils. Un mois plus tard, le 13 août, Nino Ferrer se tire une balle dans le coeur en plein champ de blé à près de chez lui.
Doté d’un tempérament imprévisible et fougueux, Nino Ferrer a refusé les compromis au profit d’une totale liberté artistique.
il laisse quelques traces indélébiles, des chansons qui sont pour beaucoup des tubes majeurs, et même de petits chefs d’oeuvres.

http://www.zoomrang.com/ferrer3.htm

Texte écrit par un ami écrivain / Arnaud Le Guern

Ce texte a été écrit par Arnaud Le Guern, à l’époque ou il séjourna quelques mois chez moi, pas très loin des Éditions Picolec,

84, RUE MESRINE
« Il n’y a pas d’évènements vrais. Le vrai, c’est ce qui relève de l’art. » Fassbinder
Jamais fatigué de me balader sur les toits, de lorgner les gouttières, en aristochat des hautes asphaltes humides, j’ai attéri sur un balcon rue de la Fontaine-aux-clercs, à Paris au milieu des décombres de malfrats, dans un arrondissement de gris, de béton, et de trouées cristallines entre deux bourrasques ventrues.
A ce comptoir du froid, je suis chez moi.

C’est l’île d’une L… de Beauté, blonde Mélusine aujourd’hui penchée sur le berceau de mes éclats d’âme choqués au vent dans son manteau de neige. Tous mes néons parent ce territoire claudiquant qui me renvoie échos, images, silhouette, carrure et Å“il complice du Roi immortel de la Cour des bandits miraculeux : Mesrine Jacques. Le nom râle, tambourine, plante ses crocs jamais limés dans l’échine du temps qui ne passe pas, prend toute la place que je laisse. Mesrine balaie l’air des lieux et cisaille l’air du temps, le flambe comme un vulgaire scribouilleux quêtard de scoops. Pour l’air du temps, comme pour d’autres : une balle dans l’épaule, une dans la mâchoire, une dernière dans le bras et la bougie, caresse finale, qui aveugle. Mesrine pas mort évidemment, fantôme bruyant qui hurle aux loups éveillés ses tirades poétiques : « Debout les morts de faim ! », « Croquez, chers croquants, les chairs dépecées ! », « Faites de vos cavales, cavalcades et cavalières, des palaces, des suites luxueuses pour voyous des messes du temps présent. »

Arpenteur des contrées polémiques de Basse-France et peau épiques des caracos soyeux, je suis à la lettre, au pied beauté de ses tchin-tchin de fanfaron, l’instinct de mort magicien du grand Jacques, artiste du braquage, Arsène Lupin de l’évasion, Cyrano des années 70. Je me repasse la bande archi-connue, je dégage les commentaires à képi de Broussard, et raconte l’histoire de Mesrine. Son corps fascinant dans sa caisse, une BMW, son corps troué, explosé de balles et exposé aux corbacs, clic-clac kodak, sous les flash à grenades, un Che des grands boulevards urbains. Son épitaphe, pour ceux qui croient au grand Ciao, je la pique à Edmond Rostand :

« Philosophe, physicien, Rimeur, bretteur, musicien et voyageur aérien,
Grand riposteur du tac au tac Amant aussi – pas pour son bien !-
Ci-gît Jacques Mesrine Qui fut tout, et qui ne fut rien. »

Il fut tout, il ne fut rien, Jacques, comme tous les petits princes pervers au cœur battant, adoubés par des lucioles trinquant à la fragilité de la mélancolie. Les princes, de Bergerac, de Kerangoff, de Pinarellu ou de La Fontaine-aux-clerc, vous savez « ceux-là qui pour amante n’ont que du rêve soufflé dans la bulle d’un nom ». Les princes qui, sur le boulevard del sol, disent bye bye à grande vitesse au Faron, aux monts pelés et crâmés comme une carcasse fassbinderienne sur un siège avant de BMW. Les princes qui font tourner les tables, connaissent les fins mots des affamés et débarquent au port des fines attaches, la bouche pleine de poésie.
Dites-moi, vous, j’arrive, je m’installe, Jacques est-il là ? J’attends ta réponse, bella, elle ne tarde pas, tinte, aussi légère qu’une lame :

_ « Ciel d’un joli gris laissant passer quelques lacrima christi et le souffle fort de Mesrine qui attend au parloir libre de mon balcon une bastos fumée de voyou… »
Au 84 de sa rue, Jacques arrose, enfile tous ses déguisements, poursuis son histoire, avec pour bande-son, les doigts de Sergueï sur le clavier.
Champagne !
A.L/2001