Complainte (2)

Ma douce, mon aventure, ma belle
que n’es-tu devenue serrée du corps au coeur, dans cette armure ?

La neige absorbe lentement le fond de ton coeur, et la meute hurle à la porte de ton enfer

Ce soir il y a eu plus affamé que toi
un guerrier sans honneur, se tient droit dans la forêt, derrière le bois.

Ma douce, ma belle, le froid glisse sur tes yeux perdus,
il emporte nos souvenirs dans la tempête.
Ton pelage se soulève au vent, et déjà quelques gouttes d’hiver s’accrochent à toi,
et t’éloignent de moi.

Le piège se referme et se tord à tes derniers efforts, la blessure est profonde,
elle inonde le sol, et me ravage de douleur.
Elle rampe, et lentement accroche, la peur, la douleur
celle qui raconte que demain tes flancs ne sentiront plus le balancement des miens

Et le fer sur ta vie, le fer ma belle, continue son ouvrage,
l’entaille est là, hurlante à ta peau, et violente à mon regard.

Le jour s’attarde encore un peu, une dernière flamme pour tes yeux.
Le son cathédrale qui me ramenait vers toi chaque soir
se fait sourd et devient profond silence.
Patience ma douceur, patience, je lèche ta douleur, et ne crains pas le froid qui assaille.

Je couche sur toi tout ce qui reste de force en moi
tout ce qui reste d’amour aux creux de ces bois.

Ils savent ceux qui te regardent,
ils savent que c’est une reine qui défie la mort sous les rafales du nord.
Et derrière l’arbre toujours droit le guerrier,sans honneur, attend…
Il attend, de pouvoir draper son orgueil de ta douce élégance, de ton manteau de reine.

Que le guerrier approche, qu’il avance !
Lui ne connaît rien à l’amour,
rien au désastre qui l’attend au premier pas vers toi.

Il ne sait pas, qu à ton agonie, lorsque mon coeur explosera
il ne sera plus que proie facile, dérisoire pantin, sinistre dansuer à la lune
Il ne sait pas la fin et l’agonie, la morsure fatale au coeur
Il ne sait pas encore le combat à venir.

Ma tendre et belle, ma douce aventure,
personne jamais n’ôtera ta parure épaisse et bleutée à la lumière de nos étoiles.
Personne crois-moi.
J’avalerai jusqu’au dernier os de ton corps apeuré,
pour ne pas le livrer au pire des destins, a l’infame festin

Mais voila que la neige est désormais étincelante sous le halo
et rouge le berceau où tu te noies, regarde ma déesse,
je suis là, regarde et rêve à hier, aux chemins parfumés,
aux collines, à la plaine au bel été.

Songe amour à tout ce qui fut toi, dans ce royaume-là,
a tout ce qui fut nous et dors, dors ma vie,
sous le poids de mon corps soumis à tes derniers rêves.

Et pars, pars au vent,
vas dire l’amour et la folie d’être sur cette terre.
A nos ancêtres, raconte encore et encore l’amour de la meute
la folie qui empreint mon coeur.

VOIS oui VOIS !
enfin venue la peur du guerrier, il s’enfuit, n’approche pas, n’ose plus !

Entends le chant de la meute, les voix qui s’accrochent à ton départ
Vois les ombres à genoux dans la neige.
La nuit bascule sous la complainte,
comme manteau de soie, comme souffle leger
Ô ma belle aventure, l’espoir est vaincu
il a fuit, vers cet ailleurs qui me tue

Le piège a terminé son effroyable ouvrage,
tu n’es que silence et lourdeur posés sur la neige.
Et je ne suis plus que folie et fièvre,
je ne suis plus que rage sans courage.

Mais pars sans avoir peur, ma douceur,
avec toi mon âme… Je meurs
Car mon coeur ne peut battre qu’a ton nom seul.

Lise Dest – fevrier 2009

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