Complainte pour une louve

Ma douce, mon aventure, ma belle que n’es-tu devenue serrĂ©e du corps au coeur dans cette armure ?

La neige absorbe lentement le fond de ton coeur et la meute hurle Ă  la porte de ton enfer
Ce soir il y a eu plus affamĂ© que toi un guerrier sans honneur, se tient droit derriĂšre la forĂȘt, derriĂšre le bois.

Ma douce, ma belle, le froid glisse sur tes yeux perdus, il emporte nos souvenirs dans la tempĂȘte.
Ton pelage se soulĂšve au vent, et dĂ©jĂ  quelques gouttes d’hiver s’accrochent Ă  toi, et t’éloignent de moi.

Le piĂšge se referme et se tord Ă  tes derniers efforts, la blessure est profonde, elle inonde le sol, et me ravage de douleur. Elle rampe et approche, la peur. Celle qui raconte que demain tes flancs ne sentiront plus le balancement des miens

Et le fer sur ta vie, ma belle, continue son ouvrage, l’entaille est lĂ , hurlante Ă  ta peau, et violente Ă  mon regard. Le jour s’attarde encore un peu, une derniĂšre flamme pour tes yeux, le son cathĂ©drale qui me ramenait vers toi chaque soir se fait sourd et devient profond silence.
Patience ma douceur, patience, je lùche ta douleur, et ne crains pas le froid qui m’assaille.

Je couche sur toi tout ce qui reste de force en moi
tout ce qui reste d’amour aux creux de ces bois, ils savent ceux qui te regardent, ils savent que c’est une reine qui dĂ©fie la mort sous les rafales du nord.
Et derriùre l’arbre toujours droit le guerrier,sans honneur, attend

Il attend, de pouvoir draper son orgueil de ta douce élégance, dans ton manteau de reine.

Que le guerrier approche, qu’il avance !
Il ne connaüt rien à l’amour,
rien,
aux dĂ©sastres qui l’attendent au premier pas vers toi.
Il ne sait pas, qu Ă  ton agonie,
lorsque mon coeur explosera
il ne sera plus que proie facile dérisoire pantin,
il ne sait pas encore le combat Ă  venir.
Ma tendre et belle, ma douce aventure,
personne jamais n’îtera ta parure Ă©paisse et bleutĂ©e sous nos Ă©toiles. Personne crois-moi.
Je mangerai jusqu’au dernier os de ton corps apeurĂ© pour ne pas le livrer au pire des destins

Mais voila que la neige est désormais étincelante sous le halo
et rouge le berceau oĂč tu te noies, regarde ma dĂ©esse, je suis lĂ , regarde et rĂȘve Ă  hier, aux chemins parfumĂ©s, aux collines,
et à la plaine au bel été.
Songe Ă  tout ce qui fut toi, dans ce royaume-lĂ , a tout ce qui fut nous et dors, dors ma vie sous le poids de mon corps soumis Ă  tes derniers rĂȘves
Et pars au vent,
pars raconter aux lumiĂšres de nos ancĂȘtres, l’amour et la folie d’ĂȘtre sur cette terre.

Vois enfin venue ! la peur du guerrier, qui s’enfuit,
il n’approche pas, n’ose plus !
Écoute le chant de la meute, les ombres et les voix qui s’accrochent Ă  ton dĂ©part
Le piĂšge a terminĂ© son effroyable ouvrage, tu n’es que silence et lourdeur posĂ©s sur la neige.
Et je ne suis plus que folie et fiĂšvre,
je ne suis plus que rage sans courage.
Mais pars sans avoir peur, ma douceur,
avec toi mon ñme
 Je meurs

Lise Dest
20 nov 2007


Une rĂ©ponse sur “Complainte pour une louve”

  1. Ce poĂšme, selon moi chĂšre Lise, est le poĂšme d’une guerre intĂ©rieure, d’un sentiment d’abandon vis-Ă -vis du corps social,
    Comme chez tous les poĂštes, ce sentiment d’abandon se traduit par la reconstruction d’un monde propre qui s’insurge Ă  juste titre contre l’injustice et l’oubli et ce, par le recours au verbe et au rĂȘve (qui se rĂ©vĂšle Ă  la lecture par un besoin de chaleur humaine et de tolĂ©rance)
    Il traduit également la difficulté à tenir le coup dans la vraie vie
    Ce poĂšme est donc une quĂȘte mystĂ©rieuse qui nĂ©cessiterait beaucoup d’interprĂ©tations car il est aussi poĂšme, tout simplement, et c’est ce qui fait son Ă©trangetĂ© et sa beautĂ©
    PoÚme du courage aussi car ceux qui créent ont bien du mal à renouer le dialogue avec ceux qui ne créent pas

    N’hĂ©site pas Ă  m’interpeller sur certains de tes poĂšmes (ils me passionent)

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