Hélène Grimaud sauvage et magique

http://helenegrimaud.artistes.universalmusic.fr/

Parler d’Hélène Grimaud, de sa passion sans limite pour la meute, dire cette pianiste virtuose d’exception, rebelle et insolente à la vie, oui cela aurait été possible . Mais, Xavier Lacavalerie raconte avec tant de pertinence cette femme toujours aux limites d’elle même, que je préfère vous livrer cette article.

Avec ses failles secrètes, son mal de vivre et ses élans brisés… Ses vols arrêtés comme l’on dit en peinture.
Longtemps Hélène Grimaud s’est singularisée par une inadaptation chronique au monde qui l’entoure.
Etrangère à sa famille « petite-bourgeoise d’intellectuels de bonne volonté ». Le malaise était parfois si fort qu’il lui arrivait de s’automutiler, retournant contre elle-même on ne sait quelle colère ou cherchant à meurtrir un double enseveli dans une douleur sans larmes et sans paroles…

« C’est la musique qui m’a sauvée, dit-elle avec une ombre de gaieté. Je n’étais même pas douée. Mais j’avais pour la première fois une sensation de délivrance, d’évasion. Peu m’importait au fond qu’il s’agisse du piano ? j’étais plutôt attirée par le violoncelle ? mais ma seule angoisse était que ce tourbillon nouveau s’arrête un jour… »

Formée au conservatoire d’Aix, Hélène Grimaud se retrouve rapidement à Marseille chez un pédagogue hors pair, Pierre Barbizet « le premier authentique allié de mon existence »
se souvient-elle ?, avant d’obtenir une dispense d’âge pour entrer au Conservatoire national supérieur, de Paris, dans la classe de Jacques Rouvier.
Une autre aurait été grisée par ce succès rapide et se serait mise à travailler d’arrache-pied pour mériter la confiance placée en elle, petite gamine de 14 ans. Hélène Grimaud, non. Elle est assidue, sans plus, elle traîne, elle se cherche, puisant dans la marginalité et la fréquentation des exclus des forces nouvelles.
« J’ai sans doute plus appris en traînant dans la rue que pendant mes cours de piano »
résume-t-elle, toujours rebelle…
Pourtant, on commence à parler de cette drôle de fille secrète, indocile et précoce, qui agace ou fascine en faisant ses premiers pas : au prestigieux concours Tchaïkovski de Moscou, où elle arrive en demi-finale en 1986 ; dans les maisons de disques, qui tournent autour de ce joli brin de musicienne rêvée pour un plan de communication ; chez les organisateurs de concerts, qui lui donnent plusieurs chances dès 1987, au Midem de Cannes, au festival de La Roque-d’Anthéron, à Tokyo, au Théâtre de la Ville ou à l’Orchestre de Paris.

Hélène Grimaud refuse de brûler les étapes. Elle avance à son rythme, avec la fougue d’une jeunesse qui trouve dans le répertoire romantique un exutoire. Elle idolâtre Schumann, qui devient son frère de souffrance ; elle explore infatigablement Brahms, dont elle aime les emportements (les Sonates de l’opus 2 et de l’opus 5) et les flambées crépusculaires (les ultimes Klavierstücke opus 118 et opus 119). Elle joue à l’énergie, jusque dans l’excès ? de pédale, de rubato ? en ne sacrifiant rien à la poésie et à l’émotion dont débordent ces pages rabâchées. Du tempérament, donc, avant toute chose. Mais dans le respect de la partition, à laquelle elle insuffle une fluidité rare ? il suffit de suivre ses mouvements souples du poignet ou du corps quand elle joue pour s’en rendre compte…

Hélène Grimaud est le contraire de ces virtuoses sans âme que sont devenus les concertistes professionnels, formés à la rude école de la rivalité et des concours. Cette simplicité et fraîcheur d’approche de la musique lui ont en tout cas attiré la sympathie des plus grands, Martha Argerich (piano), Gidon Kremer (violon), Gérard Caussé (alto), qui se bousculent pour faire de la musique de chambre avec elle.

L’avenir ? Elle laisse tomber, sans hésiter :
« Beethoven, Bach, de la musique contemporaine… et la compagnie des loups ! »

Car Hélène Grimaud élève ? le mot est incorrect car il suppose une domestication qu’elle récuse ? une meute de ces redoutables carnivores quelque part dans la banlieue new-yorkaise. Afin de sauvegarder l’espèce… Elle vit au milieu d’eux, mange et dort avec eux, entre ses concerts (une trentaine par an) et ses répétitions. Pour le reste, elle fera comme La Sauvage, de Jean Anouilh, elle ira seule se cogner partout de par le monde…

Source / Xavier Lacavalerie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *