Arnaud Le Guern/ un texte boxé, un texte cadeau

Ce texte a été écrit par Arnaud Le Guern, à l’époque, il s’ejourna quelques mois chez moi, quelques mois pour reprendre des forces , dans ce grand appartement qui laissait place à des artistes un temps nécessaire à leur art. Lise Dest.

Ce texte est un hommage à la façon D ALG, je le conserve et le lis avec émotion, c était un joli moment de partages et de débats, les années ont séparés les etres pas les rendez-vous réussis, la Fontaine aux Clerc résidence du XIII eme arrondissement avait servit de cache à Jacques Mesrine et inspiré Arnaud Le Guern, Arnaud m a fait cadeau de ce texte, mais les mots n appartiennent qu à lui.

« Il n’y a pas d’évènements  vrais. Le vrai, c’est ce qui relève de l’art. » Fassbinder

« 84 rue  Mesrine » 84 rue Vergniaud 2001

Jamais fatiguée de me balader sur les toits, de lorgner les gouttières , en aristochat des hautes asphaltes humides, j’ai attéri sur un balcon rue de la Fontaine-aux-clercs, à Paris au milieu des décombres de malfrats, dans un arrondissement de gris, de béton, et de trouées cristallines entre deux bourrasques ventrues.
A ce comptoir du froid, je suis chez moi.

C’est d’une L… de beauté  , mélusine  aujourd’hui hui penchée sur le berceau de mes eclats d’âme nichés au vent dans son manteau de neige.

Tous mes néons parent ce territoire claudiquant qui me renvoie en échos , images, silhouette, carrure et la fait complice du Roi immortel de la Cour des bandits miraculeux : Mesrine Jacques.

Le nom racle, tambourine, plante ses crocs jamais limés dans machine du temps qui ne passe pas, prend toute la place que je laisse. Mesrine balaie l’air des lieux et cisaille l’air du temps, le flambe comme un vulgaire scribouilleux de scoops. Pour l’air du temps, comme pour d’autres : une balle dans l’épa , une dans la mAchoire, une dernière re dans le bras et la bougie, caresse finale, qui aveugle. Mesrine pas mort évidemment, fantôme bruyant qui hurle aux loups éveillés ses tirades  «  Debout les morts de faim ! », « Croquez, chers croquants, les chairs dépecées…

…Arpenteur des contrées polémiques de Basse-France et peau épiques des caracos soyeux, je suis la lettre, au pied beauté de ses tchin-tchin de fanfaron, l’instinct de mort magicien du grand Jacques, artiste du braquage, Arsene Lupin de l’évasion, Cyrano des années 70.

Je me repasse la bande archi-connue, je dégage les commentaires à képi de Broussard, et raconte l’histoire de Mesrine. Son corps fascinant dans sa caisse, une BMW, son corps troué, explosé de balles et exposé  aux corbacs, clic-clac kodak, sous les flash grenades, un Che des grands boulevards urbains. Son épitaphe, pour ceux qui croient au grand Ciao, je la pique à Edmond Rostand :  «  Philosophe, physicien, Rimeur, bretteur, musicien et voyageur du rien » Grand riposteur du tac au tac Amant aussi – pas pour son bien !-
Ci-git Jacques Mesrine Qui fut tout, et qui ne fut rien. »

Il fut tout, il ne fut rien, Jacques, comme tous les petits princes pervers au coeur battant, adoubés par des lucioles trinquant  à la fragilité de la mélancolie.

      Les princes, de Bergerac, de Kerangoff, de Pinarellu ou de La Fontaine-aux-clerc, vous savez «  ceux qui pour amante n’ont que du rêve soufflé dans la bulle d’un nom » Les princes qui, sur le boulevard del sol, disent bye bye  à grande vitesse au Faron, aux monts pelés et cramés   comme une carcasse fassbinderienne sur un siège  avant de BMW. Les princes qui font tourner les tables, connaissent les fins mots des affamés et débarquent  au port des fines attaches, la bouche pleine de poésie .
Dites-moi, vous, j’arrive, je m’installe, Jacques est-il  là  ? J’attends ta réponse , bella, elle ne tarde pas, tinte, aussi légère qu’une lame :

« Ciel d ‘un joli gris laissant passer quelques lacrima christi et le souffle fort de Mesrine qui attend au parloir libre de mon balcon une bastos fumée de voyou »…
Au 84 de sa rue, Jacques arrose, enfile tous ses déguisements , poursuis son histoire, avec pour bande-son, les doigts de Sergueï sur le clavier.
Champagne !
A.L/2001

Arnaud Le Guern, romancier, essayistes, éditeur  -survole d une  bibliographie éclectique : Stern pour Edern (Picolec) – Du Souffre au Cœur ( 2010 ed. Alphaée) – Une âme damnée Paul Gegauff ( 2012 ed. P.G Leroux ) – Bazar Vadim un play boy français – Adieu aux espadrilles (2015) – Plus de nombreux articles pour Le Figaro, Causeur…

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