Marpessa Dawn/Eurydice orfeu negro

 

Marpessa Dawn - Paris - Juin 2008

Il faisait déjà chaud, l’été venait a peine de lacer les escarpins d’une parisienne pressée toujours entre deux parenthèses, dans mon bus 21 retour a casa avec vue sur jardin, là ou les peupliers bruissent et calment.

Marpessa Dawn, la belle Eurydice d’Orfeu Negro, est là, assise, nonchalante, souriante, légèrement décharnée, Mademoiselle Dawn, l’inoubliable, se moque de Paris et du temps, elle est là en paix et c’est bien, c’est du moins ce qu’elle semble dire.
Bien sûr la vie est passée, bien sûr le vent a décoiffé Euridice, et fait plier Marpessa.

Dans ce coin tant aimé de Paris je la rencontre.

Sourire évaporé, cheveux coiffés en rêve, fatalement belle, elle porte haut la splendeur des années d’avant.

Assis face à elle, dans ce bus qui trace, un voisin précieux l’accompagne et veille avec tendresse, il ne revendique rien que tranquillité et calme pour son adorable voisine, la paix en somme,  il veille et c’est bien ainsi.

Mon appareil photo n’échappe pas à la vue de celui qui lui tient la main, il s’empresse de devancer la réponse Marpessa Dawn , il ne veut pas, il dit non !  pourtant Elle, Elle est d’accord, étonnée d’être reconnue, revient alors ce je ne sais quoi d’avant, de petit rien qui fait briller une nouvelle et furtive gloire, Mademoiselle Dawn s’amuse du petit chahut,
« Oui, chérie » balance t-elle dans le bus qui commence à comprendre que le 21 a peut-être à son bord une star.
Etoile d’hier, divine d’aujourd’hui, fauchée, échouée loin de Stan Gezt, loin de la samba, loin tellement loin d’Eurydice, Mademoiselle Dawn embrase toutes les petites choses du jour d’un sourire époustouflant, petit feu de joie et de drôlerie, un brin de malice calculé.

Je fais trois photos et les lui montre immédiatement, éclat de rire, elle me prend dans ses bras et m’embrasse avec  tendresse elle est si légère, je sens son corps et sa peau, elle pourrait voler, elle me donne le vertige.
Le voisin surveille toujours et s’inquiète, Marpessa décide de descendre avec moi, et lui explique que nous allons marcher toutes les deux qu’elle le retrouvera ce soir, que tout va bien.
Ses pas sont lents, lascifs, les mots tournent autour de ses innombrables colliers, elle rit beaucoup, Orfeu Negro et tout le reste ce n’est plus sa vie, même si elle en est précieusement drapée,  hier prend tout son sens, hier, aujourd’hui, demain, de ce trio tragique de la vie ne reste qu’aujourd’hui éclatant, demain commence sans courtoisie aucune  à se préparer sur la pointe des jours.
C’est donc, ici maintenant dans ce treizième arrondissement que Marpessa Dawn fait onduler le temps de sa silhouette fragile,  ses grigris multicolores relevant le défi du soleil de printemps.
– Chérie, tu sais chez moi, il n’y a qu’a ses ennemies, à qui l’on dit « Vous »
nouvel éclat de rire
Nous avançons le long du Parc Montsouris, elle parle peu, sourit beaucoup, sourit toujours, son pas se fait plus en plus lent, alors, elle me propose d’arrêter ici, de ne pas l’attendre, elle rentrera seule à son rythme seule.Mademoiselle Dawn a décidé, pas question de la convaincre de plus. Il y a dans son immense fragilité une pointe franche d’autorité.
Nous nous quittons et nous donnons rendez-vous quelques jours plus tard pour prendre un café place de Rungis.

Marpessa Dawn n’a pas le téléphone, il faut, pour la joindre, atteindre une improbable librairie basée rue d’Alésia, je me demande encore si cette boutique existait vraiment, ou si elle servait de paravent entre Marpessa et sa mémoire, entre sa dignité et nous .

Je l’ai attendu, dans la douceur de l’été, puis un peu plus tard encore lorsque le vent devient moite, un nouvel après-midi, encore.
Sans jamais avoir réussi à lui laisser le plus petit message, le numéro de téléphone ne correspondait à rien, j’ai fini par quitté la Place de Rungis, désolée, et triste.
J’ai regardé souvent, écouté aussi, mais plus jamais de rencontre avec Mademoiselle Dawn.

Marpessa Dawn avait disparue, me laissant au creux de la main, les mots et la douceur d’une femme de coeur.
Nous étions en 2008

J’avais fait promesse de ne jamais dévoiler ces quelques photos tant que Marpessa Dawn emprunterait le bus 21 ou cheminerait le long du parc de mon enfance.
Ce soir, ce souvenir bat le rappel, est ce elle qui m’accorde un nouveau rendez-vous, pour une nouvelle promenade ?
J’aime à penser que, oui.

Au revoir Madame, j’ai encore la légèreté de ton bras accroché au mien le temps d’une ballade hors du temps, un jour de juin.

Texte et Photos de Lise Dest/Propriété de Lise Dest, utilisation interdite sans l’accord de l’auteur.

Lise Dest

Filmographie de Marpessa Daw

  • The Woman Eater – Native Sacrifice Girl (1957)
  • Black Orpheus – Eurydice(1959)
  • Sept En Attente(1996)
  • Cherie Noir
  • Sweet Movie – Mama Communa (1974)
  • Le Bal du Comte d’Orgel – Marie (1970)
  • Vinicius – Herself

Marpessa-Dawn-as-Eurydice-001

32 réflexions au sujet de « Marpessa Dawn/Eurydice orfeu negro »

  1. « j’aime une belle ballade dans le temps , dans le présent, et dans le vécu , un parfum d’un autre temps et un regard doux…. , bien construit Lise..bravo……..K. »

  2. moi j’ai pu voir tres souvent le film et quand j’entends que Marpessa a disparu ça me choque totalement et je parle du plus profond de mon coeur.

  3. J’ai été infiniment heureux d’entendre parler de Marpessa Dawns, l’interprête principale d’Orpheo negro. C’est un film qui m’a marqué toute la vie. Je me rapelle très bien ce mois d’avril 1960 quand j’ai entendu pour la première fois la bande originale du film, j’étais très jeune alors.

  4. Marpessa etait si belle on a croyait immortelle tant par sa beaute évidement tout le monde se souviendra d »elle dans « Orfeo negro » on ne peut imaginer qu’elle ai pu vieillir et puis s’en aller , mais elle sera toujours vivante dans nos mémoires et dans nos coeurs, merci pour cette promenade avec elle et surtout de neb pa l »avoir oubliée

  5. Merci, merci pour vos messages
    ce fut une rencontre inoubliable, magnifique, une belle chance
    Elle etait superbe et eblouissante, vous pouvez me croire

    Lise

  6. Pourquoi ai-je pensé à elle pendant mes quelques jours de vacances? Si fort que dès mon retour,je cherche de ses nouvelles….J’ignorais qu’elle nous avait quittés. Merci d’avoir su trouver ces mots magnifiques pour nous parler d’elle. Je n’ai jamais revu ce film enchanteur,mais le souvenir de Marpessa s’est inscrit pour toujours dans ma mémoire et dans mon coeur.

  7. Merci a vous, je réalise a chaque commentaire l’immense chance de cette rencontre si improbable et tellement bouleversante

    Souvent son image me revient, se visage qui a irradié ce jour d’été
    ne s’échappera plus jamais

    1. Quelle tristesse et quelle emotion grace à vous, merci pour ces nouvelles lointaines. La dernière fois que je l’ai rencontrée c’était en Perigord Vert, en 1975. Elle jouait dans une troupe de baladins qui se produisaient dans les villages comme au temps de Molière. Je me souviens d’elle lavant du linge dans l’Isle la rivière qui arrose Jumilhac le Grand. Elle était douce, attentive,charmante et desesperée, profondement je crois. Eurydice l’avait illuminée et consumée. On ne voyait en elle que l’héroïne d’Orfeo Negro, il était inévitable de ne pas lui rappeler ces années trop courtes de gloire. Déjà en 1975, il y a 37 ans elle ne voulait pas donner ses coordonnées à Paris. Elle cachait sa vie. Cette rencontre dans l’ autobus et votre reflexe de la photographier l’ont fait sortir de l’oubli. Merci encore. Elle avait un bébé me semble-t-il en 75 il devrait approcher de la quarantaine aujourd’hui. Qui apportera des lumières sur sa mystèreiuse existence ?

      1. Merci pour votre message, je garde ce jour avec infiniment de tendresse, ce fût une rencontre inouïe, une chance, une lumière qui m’a été offerte ce jour là. Et je suis profondément heureuse des messages qui sont laissés ici avec tellement de pudeur et de tendresse, de tristesse aussi. Vous avez eu vous aussi cette chance infinie de rencontrer Marpessa Dawn, oui vous avez raison son desespoir m’a semblé certain, mais si délicatement caché.
        Je ne sais rien de cet enfant.
        Très bonne suite a votre chemin
        Lise

      2. je viens de revoir « orpheo negro » : le flm n’a pas pris une ride et est d’un rythme plus rapide que je croyais…pas de temps mort, et un Brésil éternellement jeune, malgré le « mol glissement de grain de l’été que nous fûmes » pour reprendre le vers d’Aimé Césaire !

  8. bonjour Lise, tu aurais du être là hier soir au Musée Dapper.. dommage. Nous aussi nous l’avons aimé, nous l’avons regretté… J’étais absente.. à la Martinique le jour de son départ ..je crois, jamais entendu parler de son décès.. à force de recherche j’ai eu enfin la confirmation par Samuel Légitimus. Bien à toi et merci pour ça!!

  9. Bonjour, mais oui j’aurais beaucoup aimé être dans ce lieu formidable hier, mais pas facile d’être « partout » . Plus les temoignages se succèdent et plus je comprends combien ma chance fut grande, la lumiere de Marpessa Dawn ne me quitte pas

    A bientot

    Lise

  10. I still cry,.. yes cry when ever i read or see her and remember the greatest movie i have ever seen in my life, its apart of my heart forever,. i would love to know about the others who played in the film as well,….. my heart sings for Black Orpheus !

  11. Marpessa est une étoile , elle brille , elle est précieuse , proche et à la fois lointaine … son amour était infime .Pour ceux qui ont eu la chance de la croiser un instant ou plus , Marpessa a joué de sa magie ……. j’ai tant pleuré quand j’ai appris que le ciel l’avait repris mais je n’oublierais jamais cette femme exceptionnelle , belle , fantastique , généreuse , souriante qui m’a touché en plein coeur aussi ……
    ps : lise merci pour cette aventure c’est comme si je la voyais revivre

  12. Merci pour elle……………Merci pour tout……la vie….la mort…..le tourbillon du temps….l’oubli ……le néant et/ou l’inconnu….

  13. Bien sûr « orfeu negro » a marqué ma jeunesse, bien sûr « Chérie noire » revu toujours avec plaisir a enchanté quelques soirées « DVD », mais votre témoignage me touche et m’attriste car mademoiselle Dawn n’aura pas été reconnue comme il se doit.
    Vous lui rendez hommage et nous sommes, ici, nombreux à modestement nous y associer.
    Merci pour la lumière que vous nous transmettez d’elle,
    Bravo l’artiste.

  14. C’est moi qui vous remercie, pour vous être attardé ici et avoir laissé un message, que Mlle Dawn en reçoive toute la tendresse de son ciel étoilé.

    L.D

    1. Bonjour,

      Mon lien avec Marpessa Dawn ne se trouve pas hélas! dans la souvenance d’une rencontre mais dans l’obtention au Bac d’une bonne note à mon sujet de philo:  » Qu’est-ce que la barbarie? ». J’avais mis en valeur « Orfeu negro » où Marcel Camus face aux barbaries de toutes sortes et de toujours en appelle plutôt à l’Amour et à l’anti-racisme à travers la magie d’un carnaval.

      Pour mémoire, l’Orphéisme a développé la conception paîenne de l’immortalité de l’âme alors que l’espérance chrétienne n’a aucun appui sur cette conception sentimentale car elle est dans l’oeuvre rédemptrice de Christ: « en effet, de même qu’en Adam tous sont mortels, en Christ tous recouvreront la vie (Corinthiens 15:20-22). Les Ecritures ne tiennent aucun discours sur l’immortalité de l’âme et ne connaissent pas le dogme des peines éternelles incompatibles avec l’amour de Dieu et la toute faiblesse de l’Homme. Chez les Platoniciens, l’âme est dissociée du corps alors que dans le christianisme les 3 éléments corps, esprit, âme sont à la fois distincts et indissociables.

      Comme vous, je suis désolé de perdre sur cette Terre notre « Eurydice d’ébène »

      Cordialement.

      Jean-Claude.

  15. Eurydice m’avait fait rêver…
    J’aurais tant aimé la rencontrer dans le bus 21 que je prenais, moi aussi,
    dans les années 70.
    Belle rencontre, beau texte.
    Merci

  16. Quel chance vous avez eu de la croiser et d’échanger quelques instants avec Mme Marpessa Dawn. Elle m’a tant fait réver et me fait réver encore dans son rôle d’Eurydice et je ne peux pas maîtriser mes émotions lorsque je l’entend chanter « Manha de carnaval ». Merci à vous de nous avoir fait partager cet instant de votre vie.

  17. C’est après avoir vu un clip sur yahoo (reprenant la photo de Marpessa et Breno Mello) que j’ai cherché sur le net. Le film « Opheo negro » m’avait marqué en 1959 alors que j’avais quinze ans, un vrai bonheur, un vrai succès. Je suis émue et triste de savoir qu’elle s’est éteinte dans l’oubli et ce depuis 2008 !! Par contre, l’autre héroïne, Lourdes de Oliveira, j’ai eu l’occasion de la rencontrer dans un groupe et j’ai partagé un W.E. en Autriche en sa compagnie. Que de souvenirs !!!

  18. Merveilleuse Eurydice, comment t’oublier ?
    Tristeza nao tem fim, felicidade sim…
    Merci à celle qui l’a retrouvée avant qu’elle ne disparaisse.

  19. Bonjour;

    Très beau récit, c’est à la fois touchant et divin, vraiment magnifique. Quelle chance d’avoir pu rencontrer Marpessa. Redécouverte il y a peu de temps, lors de la rediffusion d’Orfeu Négro sur Arté, film que j’avais vu et revu lors de vacances d’été chez mes grands-parents … que de bons souvenirs !!!
    Pour infos, la sépulture de Marpessa Dawn se trouve au cimetière du Père Lachaise, division 90, près de l’allée transverse n°3.

    Bien cordialement

    christophe

  20. Je suis si émue : Lise, merci du fond du coeur pour ce très bel hommage-témoignage que vous rendez, avec talent, à Marpessa. Voici une quarantaine d’ années, j ‘ai eu l’immense chance de la rencontrer. Nous sommes devenues amies. Astre solaire elle était encore à son zénith. Belle, naturelle, modeste, à l’écoute de l’autre. Je trouve que sur vos photos, on saisit toute cette humanité qui caractérisait Marpessa. Marpessa, Barbara et bien d’autres : continuez Lise, comme c’est bon de vous suivre ! Fanfan

  21. C’est magnifique comme hommage… J’ai été bouleversée de voir ces photographies. Le destin a fait que vous avez pu immortaliser cet instant, dans ce bus, et nous permettre de trouver Marpessa tant d’années après Orfeu Negro, peu de temps avant son grand départ…42 jours après celui de son partenaire dans ce film mythique. Merci à vous pour ce partage.
    Quelle actrice talentueuse, magnifique. A travers son destin, on voit aussi l’histoire de beaucoup d’artistes de couleur en France…Tant de talent et si peu de visibilité. Encore merci à vous.

  22. 21fev 2016 je viens de revoir orpheo négro.je voulais le revoir car j’avais le souvenir de cette femme si belle si etrange que je rencontrais souvent pres du parc montssouris.Nous parlions un peu, elle me « disait quelque chose »mais je ne l’avais pas reconnue.c’est elle qui m’a dit qu’elle était Euridice.Alors je me suis souvenu..C’était en 2008,J’avais vu le film dans les années 60′.Quand je l’ai revue ce soir je l’ai retrouvée belle triste souriante et perdue comme dans la rue..

  23. Quelle jolie histoire que cette rencontre. Je n’ai jamais pu oublier ce film Orfeu negro que j’ai vu lorsque j’étais encore une enfant mais qui m’a profondément marquée. L’histoire, les 2 acteurs dont Marpessa Dawn, surtout elle, qui iradie. Je suis contente de voir que tant de gens l’aiment à travers tous ces commentaires. Merci. Isis

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