La guérisseuse

On raconte qu’elle s’est jetée un soir d’été, d’un balcon de cette ville très bas vers le sud du pays. 

La guérisseuse toujours en duel avec les cieux, chassait en magicienne les ombres menaçantes, invoquant diable et anges confondus, pourvu que furent guéris, les passagers de son coeur.

La guérisseuse avait quelque chose qui ressemblait, au lever du jour, triste malentendu entre elle et la vie.

Au premier matin d’été, nue sous le soleil, parée de velours sang sur peau de soie, désarticulée, ils la trouvèrent danseuse pâle sur flaque pourpre.

La vie infidèle et cruelle, griffa un ultime tatouage sur peau de misère, peau de princesse. Il n’y eu pas même un cris au moment de l’accueil au sol de cette ville si bas vers le sud, la guérisseuse  muette jusqu à l’adieu.

Au dimanche d’août, aux cloches sonnées, elle dort, et l’été paresseux consume et brûle lentement ce qui reste de femme en elle.

Chacun se souvient qu’en couturière habile elle asssemblait, un rien de démence dans le geste, toutes les plaies des amants égarés, puis à la marée nouvelle chamane d’amour, déposait le plaide de douleurs sur écume et coquilles nacrées.

Les hommes absouts, regardaient de nouveau le visage haut cette ville très bas vers le sud.  Pourtant ils s’ absentérent le jour de l’envol, envol de l’ange.

Car les hommes du pays siestent à l’heure du désespoir, à l’heure effrayante du grand voyage, ils dorment lascifs à la saison des fruits mûrs, des jasmins odorants, du goutte à goutte lanscinant de la fontaine, oui les hommes guéris dorment.

On raconte encore, que la guérisseuse n’avait plus de prénom, pas même de nom, elle n’était devenue qu’une  chanson une ritournelle aux refrains mauvais.

Bien loin des voix basses, elle esquissa un dernier pas de danse, dessinant au ciel sa plus belle révérence, sous feux de soi, flou de soie multicolore.

Au jour brûlant d’août, c’est vers lui, et lui seul qu’elle se serait retournée.

Lise Dest.©

Ma nuit

La nuit m’avait suffisamment bercée, pour qu’enfin je puisse m’y enfoncer, les travées de blasphème, les jours de bassesses, ont décidés pour moi que cette nuit, qui me portait depuis si longtemps, serait mon refuge ultime et sauvage.
Sans partage
Sans S.O.S
Partir…Mon art majeur, ma peinture de fin, ma partition dissonante.
De silence en absence, de manque en distance, le désamour devenait plus facile à mourir.
Un soir de mars, j’ai éteint toutes les lumières, attrapé sur le chevet de l’année, les sommeils artificiels, le poison de la guérison. Juste voulu gommer les cauchemars voir de plus près les étoiles d’août en plein hiver.
C’était mon désir, couper les lignes, couper les fils et sacrifier les ombres.
Suspendre les appels, cesser de lire, d’écrire. Et hurler que cette nuit serait mon refuge où je volerais le moindre crépuscule,  chaque aube m’appartiendrait.
J’avais tout simplement oublié, que parmi les gueux et les cloportes, quelques princes d’amour doucement me souffleraient encore des mots volés au passé

Ma nuit, ma belle, mon ciel de désobéissance, s’est déchirée, éventrée sur une étrange mélopée.
La peur au ventre bouclée à double tour !
J’ai laissé vivre et revivre le sombre, d’une prochaine souffrance
J’ai choisi
Me laisser porter, une fois encore vers l’inévitable, folie dont renaîtrait la fatale et délicieuse liberté !
Illusion gagnante au milieu des jeux de maîtres, peu importe, vivre encore, encore l’abandon mystique, ou tout s’évapore se délite, aux creux de gestes indécents et pervers …
Quoi ?
Le plaisir est parfois à ce prix, sauvage et voluptueux, pour qui ne craint pas les jugements du premier jusqu’au dernier.
Ce soir, près d’un val, ma nuit s’est entrouverte, et le jour, aux ailes déployées a jeté en arrière, cheveux d’anges, et coeur de démon.

Lise Dest- 2005

Vertiges

Et, la lune dans tous ses quartiers
observe silencieuse
Amante, qui ne réclame
aucune fidélité
cette terre de lumière
ou rien n’est parfait
pourtant.

Le sang qui éclabousse
inonde, et repousse
Coule, en rythme, dans les
profonds sillons de nos corps
en alertes, de nos esprits
en saccage, des barbaries
qui se glissent et se hissent
à l’exaltant voltage

Vertiges, pour les plus chanceux
les fruits murs, collent
Et les mirages de poussières
s’y accrochent, déguisement
pathétique des nuits d’Afrique

Jusqu’ou me direz vous
pousser « le vice » ?
Marteler plus fort encore
NON !
Dire, doucement
à l’oreille de l’aube
Que le silence nous ramène
au hamac léger,
au vent malin qui
fera danser, la dune
et…
Revoir encore
les jardins de Babylone

Lise Dest 08-2007